EGLISE DE CHATELOY
RECITAL DE PIANO
Mika AKIYAMA
Mika AKIYAMA
née le 13 Juillet 1973 à Tokyo débute le piano à l'âge de quatre
ans, effectue sa première tournée et enregistre un concert télévisé à l'âge
de six ans. Son aisance scénique, sa communication avec le public, sa grâce,
lui donnent l'occasion de se distinguer très tôt. Tout en poursuivant un
cursus scolaire classique jusqu'à la fin de ses études secondaires, elle
intègre ensuite la Toho Gakuen Music High School de Tokyo. En 1993, elle
remporte le Premier Grand Prix du Japon et décide de s'installer à Paris.
Elle intègre l'Ecole Normale de Musique dans la classe de Germaine MOUNIER:
en 1997 elle est première nommée au Diplôme supérieur d'Exécution et en
1999 au Concours de Concertiste. Entre temps, elle avait remporté en 1998
le ler Grand Prix du Concours International de piano « A.Roussel » à Sofia
et la même année était demi-finaliste au Concours Marguerite Long - Jacques
Thibaud. Depuis, elle participe à de nombreux festivals (Salzbourg, Ravel,
Chopin, Roussel), donne des concerts au Japon, aux Pays-Bas et en France.
Son tempérament la pousse à apprécier les lieux et auditoires intimes.
Elle est lauréate de la Fondation Natexis depuis 1999.
Pierre-Petit,
Directeur Général de L'Ecole Normale de Musique et critique au Figaro écrivait
(après son succès en 1999): «Mika Akiyama est l'une des plus merveilleuses
pianistes que j'aie pu rencontrer pendant les trente-cinq années passées
à l'Ecole Normale. Intelligence, esprit, sensibilite, mais aussi technique
incomparable: elle possède toutes les qualité d'une très grande pianiste.
Je lui souhaite de faire la superbe carrière qu'elle mérite. »
PROGRAMME
Muzio CLEMENTI ( 1752 - 1832) : Sonate en fa dièze mineur, op. 26 n°2.
Né à Rome,
Muzio Clementi commença ses études musicales dans cette ville et, en 1866,
un gentilhomme anglais, Peter Beckford l'emmena dans sa propriété du Dorset
où, pendant 7 ans, il continua de parfaire sa culture musicale. En 1773,
il s'installa à Londres, donna des récitals et dirigea l'Orchestre de l'Opéra
Italien au King's Theatre. A partir de 1780, il entreprit de longues tournées
dans tous les pays d'Europe. En 1790, il arrêta sa carrière de pianiste
et de 1798 à 1830, il se livra à l'édition musicale et à la vente et la
manufacture de pianos. Il mourut en Angleterre en 1832, eut des obsèques
nationales et fut enterré à Westminster Abbey.
Comme
compositeur, il se consacra presque exclusivement au piano et fut l'un
des plus illustres pianistes de son temps. S'il écrivit ses premières sonates
pour le clavecin, il découvrit rapidement les qualités du pianoforte et
fut même appelé le « père du pianoforte ».Il créa le style pianistique
moderne, style brillant à la fois sur le plan technique et sonore, annonçant
le piano romantique. Il servit de modèle aux pianistes virtuoses du début
du 19ème siècle, en tête desquels Beethoven, qui plaçait les sonates de
Clementi audessus de celles de Mozart. Il écrivit une centaine de sonates,
dont une soixantaine pour piano seul. On lui doit aussi un célèbre recueil
didactique pour piano: le « Gradus ad Parnassum ».
La Sonate en Fa dièze est une des plus belles et des plus connues dans laquelle « son coeur et son âme sont impliqués ». Elle comporte trois mouvements classiques: Allegro, Lento, Presto.
Le 1er
Mouvement, Più tosto allegro con espressione, rappelle Scarlatti.
Un très beau thème, dans une nuance très douce donne à tout le mouvement
un ton un peu mystérieux. Le développement donne lieu à des modulations
étonnantes et des chromatismes. La reprise du thème, irrégulière, est tour
à tour morne et brillante.
Le 2ème
Mouvement, Lento e patetico, annonce les adagios de Beethoven. Dans
une 1ère partie,
un chant poignant se déroule sur une basse très discrète mais lourdement
expressive. La partie centrale, en majeur, est plus claire, avec des dissonances
agressives. Le thème du début ramène la sombre tension ponctuée par des
contrastes de doux et forts. Le morceau s'éteint doucement.
Le 3ème
Mouvement, Presto, est très brillant, bondissant. C'est une virtuosité
et une rapidité que l'on retrouvera chez les Romantiques (Mendelssohn).
Des passages resplendissants de tierces étincelantes alternent avec des
paysages féeriques ou orageux. A la fin, la course s'arrête tout simplement.
Wolfgang
Amadeus MOZART (1756 -1791) : Sonate en Si bémol majeur, K. 333
C'est aussi pour le pianoforte que Mozart écrivit toute son oeuvre pianistique. Il fut l'un des plus grands virtuoses du piano de son temps, mais il ne l'était pas au sens où l'entendit la génération qui lui succéda et dont il condamna les premiers représentants en la personne de Clementi, qu'il qualifiait de « simple mechanicus ». Son style pianistique répondait à un autre idéal que celui du 19ème siècle naissant.
La Sonate
K.333 est la dernière des sept « Sonates parisiennes ». Octobre 1778
est une période sombre de la vie de Mozart. Il vient de passer six mois
à Paris : sa mère y est morte et il n'y a rencontré qu'indifférence et
mépris. À contre-coeur, il décide de rentrer à Salzbourg. Il s'arrête à
Strasbourg, et c'est là qu'il achève la Sonate.
A Paris,
Mozart avait rencontré Jean-Chrétien Bach le plus jeune fils de Jean-Sébastien.
Il l'avait connu à Londres: Jean-Chrétien s'était intéressé à l'enfant
Mozart et celui-ci avait pour lui une grande affection. Jean-Chrétien Bach
est allé en Italie: on l'appelle tantôt le « Bach de Milan » tantôt le
« Bach de Londres ». D'Italie, il a apporté la légèreté, la suavité de
la mélodie. Ses sonates sont écrites « en style naturel... coulant et facile
et composées savamment ». A Londres, elles ont séduit le jeune Mozart.
Mais lorsqu'il les entend à Paris, sa personnalité a mûri et il convertit
en son propre style toutes les impressions qu'il reçoit.
Le ler
Mouvement, Allegro, est une page de grâce détendue. Le thème est
proche du style « galant » de J.Ch. Bach. De construction classique, elle
est d'une virtuosité difficile.
Le 2èmeMouvement,
Andante cantabile, introduit un autre climat. Si la 1ère et la 3ème
partie sont déjà loin de l'allégresse du 1er mouvement, la partie médiane
est saisissante par ses accents sombres et désolés. Les dissonances, les
audaces harmoniques et rythmiques situent cette oeuvre hors des normes
classiques.
Le 3ème
Mouvement, Allegretto grazioso, est un rondo libre au refrain très
simple (la simplicité Mozartienne). Il est aussi d'une grande originalité,
car, entre les refrains, Mozart introduit des cadences de virtuosité inhabituelles
chez lui.
ENTR'ACTE
Frédéric CHOPIN (1810-1849) :
Etude Op. 10 N° 5 en sol bémol majeur.
A son époque,
Chopin était l'un des compositeurs les plus avant-gardistes et les plus
radicaux dans ses moyens d'expression. Ses techniques pianistiques et le
timbre inhabituel qu'il en tirait, la richesse des harmonies, l'utilisation
des dissonances, donnent à sa musique le coloris original, le charme insolite
et subtil qui la distinguent de son époque. Moscheles, pianiste virtuose
contemporain de Chopin écrivait: « Je profite de quelques heures de liberté
pour m'initier aux Etudes et aux autres oeuvres de Chopin, je trouve beaucoup
de charme dans leur originalité et dans la coloration nationale de leurs
motifs; cependant mes pensées trébuchent toujours - et mes doigts aussi
- sur certaines modulations difficiles, non artistiques et incompréhensibles
pour moi ».
Le ler
recueil d'Etudes, l'Opus 10, parut sous le titre « d'Exercices » en 1833.
Cétait un genre très en vogue, destiné à exercer
la vélocité des doigts du pianiste en se concentrant chaque fois sur un
problème particulier, souvent au détriment de toute faculté créatrice.
Cramer, Clementi, Hummel avaient publié des « Etudes ».
Chez Chopin
les mélodies sont superbes, les tournures mélodiques recherchées, l'expression
profonde et raffinée. Chaque Etude est construite en trois étapes: exposition
de la pensée principale, modulations et procédés de développement, reprise
- variée - de la pensée principale, conclusion. Les 12 Etudes forment un
cycle organisé ou chacune tient sa place par rapport aux autres.
Le ler
recueil avait été commencé à Varsovie, mais écrit pour l'essentiel au cours
de l'année 1831, à Vienne, Munich et Stuttgart, et peaufiné à Paris. Par
sa conception et son style, il appartient à la période antérieure à l'arrivée
en France. L'Etude n°5 en Sol bémol majeur limite le jeu de la main droite
aux touches noires du début à la fin du morceau. L'accompagnement de la
main gauche donne l'expression: d'abord de simples accords, puis une montée
crescendo dans la partie médiane et après un bref retour du début, une
conclusion pleine d'humour par une descente accélérée d'octaves staccato.
Etude Op. 25 N°7 en Ut dièze mineur.
Le 2ème
recueil, Op. 25, a été composé à Paris en 1834-35. Il est écrit de manière
plus libre que le ler: les Etudes s'enchainent de manière plus souple et
constituent des entités à part entière. Le n° 7 est le seul morceau lent
du recueil. Il commence par un récitatif grave à la main gauche auquel
se joint la voix de la main droite, sur des accords réguliers et
monotones. Après une sombre gravité, montent des émotions plus violentes.
Des traits orageux à la main gauche introduisent un épisode limpide en
majeur. Avec le retour du récitatif, l'atmosphère est de nouveau triste.
Mais les deux voix n'ont pas la même expression: force pathétique à la
main gauche, douceur et calme à la main droite, toujours ponctuées par
les accords réguliers. La conclusion est brève et grave.
Sonate
en si mineur Op. 58.
C'est la
3ème Sonate écrite par Chopin. Il la composa en 1844 quand arrivait en
France sa soeur Ludwika qu'il n'avait pas revue depuis 14 ans. Elle le
rejoignit à Nohant et c'est là qu'était en train de naître la dernière
Sonate. Malgré sa maladie et une situation conflictuelle avec George Sand,
c'est une page resplendissante de vie et d'énergie.
Les
quatre mouvements sont reliés entre eux par une idée commune, sorte de
récit émotionnelle tendant à une conclusion profondément optimiste.
Le 1er
Mouvement, Allegro maestoso, est « attaqué » par un arpège vigoureux:
le ler thème qui va s'étendre amplement, aussi audacieux par sa forme musicale
que par son expression. Une transition sombre et agitée introduit une cantilène
douce et tendre, C'est le second thème qui va évoluer vers un récit romantique
aux couleurs multiples puis s'alanguir en terminant l'exposition. Dans
un long développement, sorte d'improvisation, alternent tension et mélodie
du second thème. Chopin évite la reprise classique et se concentre sur
le second thème, de plus en plus triste et mélancolique.
2ème Mouvement,
Scherzo. Dans une première partie, un thème volubile couvre l'étendue
du clavier, apportant un peu de détente avec sa course insouciante. Le
contraste vient avec la section médiane très méditative. Le balancement
rythmique et la douceur des dissonances lui donnent une allure rêveuse.
La reprise de la 1ère partie ramène l'insouciance.
Le 3ème
Mouvement, Largo, commence par des octaves attaqués avec force sur
un rythme lent et pathétique. Une brève transition amène la mélodie grave
et recueillie qui chemine avec lenteur sur un pas de marche solennelle.
Une section médiane très étendue transporte l'auditeur dans un univers
de calme et de réflexion contemplative. Le retour progressif au 1er thème
se fait par une succession de modulations extraordinaires et Chopin conclut
en une coda rêveuse.
Le 4ème
Mouvement, Presto non tanto, est une explosion de joie et de vitalité,
écrit en forme de Rondo. Les octaves et les accords plaqués avec force
précèdent la mélodie très énergique du thème (agitato). Entre chaque
retour de ce refrain, les divers épisodes sont des motifs énergiques entourés
de traits et figures virtuoses. Le rythme s.'intensifie vers la conclusion.
Une cadence de virtuosité amène de grands accords finals.
On est
bien loin ici du Chopin malade et souffreteux, mais en présence d'une oeuvre
composée à la gloire de la joie et de la sérénité de l'âme.