Cet article est paru dans "La Montagne" du 12 avril 2001

En avril, l'homme se découvre de plus d'un fil


Les deux spectacles de mardi soir aux Fédérés dans le cadre « d'Avril des auteurs » ont pu faire rire, jaune parfois. Mais il a pu y avoir de quoi ne pas rire du tout tant Eugène Durif, avec son Bourgeois gentilhomme décalé et l'oeuvre de Catherine Anne que des Montluçonnais reprennent, appuient d'un doigt précis sur des endroits de l'âme où ça ne fait pas forcément du bien.

Que la création parle des affres de la création, ce n'est pas nouveau mais dans les deux spectacles - une lecture « améliorée» et une pièce mise en scène - données mardi soir chez les Fédérés, dans le cadre d'« Avril des auteurs », jusqu'à 300 spectateurs ont eu droit, par ce biais et d'autres, à un déshabillage de l'âme des hommes et de celle des femmes, dirait-on pour appliquer le «politiquement correct» dont, d'une certaine manière, Eugène Durif se moque avec verve dans son « Divertissement bourgeois »

Il l'aime,elle ne le déteste pas mais elle a décidé de partir

Avec le talent que le public d'ici connaît bien, l'auteur - présent sur scène dans un rôle figé de descripteur de mouvements non accomplis, puisque c'était une lecture - s'appuie sur la très célèbre farce « Le bourgeois gentilhomme » et transpose avec humour et férocité les aspirations artistiques du héros de Molière dans un monde qui pourrait fort bien être d'aujourd'hui.

COHÉRENCE

On a ri. Mais des indications, parfois codées, à fort contenu politique, voire sociologique, sur ce que qu'est l'art amateur, sur la culture en général et ce que la collectivité en fait, sur les rapports entre hommes et femmes, ont mis du sérieux dans plus d'un sourcil de spectateur. Durif semble, avec ses dialogues accompagnés d'une petite mise en scène forcément minimaliste (encore que), défendre son théâtre - et celui des Fédérés, du coup - contre les tentations connues de se cantonner au « grand » répertoire et d'éviter les sueurs de la recherche.

Sous un lustre un rien prétencieux, on lit du "  Bourgeois"modernisé

Capable de phrases d'une rare densité, d'ailleurs dites avec métier par quatre comédiens parfois soutenus par un impassible musicien (au synthé), Durit remue aussi l'amour, l'alcoolisme, la croyance en un statut que donnent l'art, la vanité, l'impossibilité de se rencontrer, l'hypocrisie... Et voilà la cohérence de cette soirée car tout cela et quelques autres choses, rarement rassurantes mais pouvant donner quelque énergie, sont dans le texte écrit par Catherine Anne et qu'a minutieusement mis en scène Gaël Guillet, aidé par une très solide interprétation des cornédiens « locaux de l'étape », ceux des « Natifs d'août ».
Les ficelles de la mise en scène ont parfois été assez faciles à saisir, quand il s'est agi de montrer les difficultés à communiquer, l'envie de partir loin, le désir de créer (d'écrire, en particulier) contrarié par une forme de paresse qui s,apparente au désespoir... Mais au moins, c'est clair. Et cela concerne des personnages (joués par Henri Combaud, Angela Serreau et des membres de la compagnie Entr'Act) qui ont à affronter une sortie de l'adolescence obligeant à regarder de quoi sera fait l'avenir, à un moment difficile de l'Histoire. Les vêtements sont ceux qu'on portait au moment où Hitler allait mordre. Mais c'est la guerre de 14-18 qui est évoquée à la fin. Comme quoi le sujet est vaste...

L.M.
Photos: Cécile CHAMPAGNAT

Quoi d'autre ?