Quatuor TALICH

 
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Document de présentation distribué lors du Concert ,

 
 

CONCERT DU 18 AOÛT 2001
EGLISE DE CHATELOY
QUATUOR A CORDES TALICH
Jan TALICH Jr. et Vladimir BUKAC, violons
Jan TALICH, alto - Petr PRAUSE, violoncelle

LES ARTISTES

Le Quatuor Talich doit son nom à Vaclav Talich, l'un des plus grands chefs d'orchestre du XXème siècle et le fondateur de la Philharmonie Tchèque. Son neveu, Jan Talich, fonde le quatuor en 1964 avec trois étudiants du Conservatoire de Prague, sous la direction de Josef Micka, qui a déjà formé le Quatuor Smetana. En 1965, l'ensemble devient le Quatuor Talich. Jan Talich est alors 1er violon. En 1972, Jan Talich laisse le pupitre de ler violon à Petr Messiereur et devient l'altiste de l'ensemble. En 1997, c'est le fils de Jan Talich, Jan Talich Jr., qui reprend ce poste de 1er violon.- En 1997 également, Petr Prause, violoncelle solo de l'Orchestre Symphonique de la Radiode Prague, remplace Evzen Rattay à ce pupitre.


Le Quatuor Talich participe régulièrement à toutes les manifestations musicales de son pays, notamment bien sûr au Festival International du Printemps de Prague. Depuis longtemps reconnu comme l'un des meilleurs quatuors à cordes existants, il représente la musique tchèque partout dans le monde depuis plus de trente ans et est invité dans les plus grands festivals.
Ses tournées l'amènent régulièrement aux Etats-Unis (chaque année depuis 1994), au Japon et plusieurs fois par an en Europe.

Le Quatuor Talich reçoit régulièrement de nombreuses récompenses pour ses enregistrements. On peut citer un «Disque d'Or» chez Supraphon pour son intégrale Bartok, plusieurs «Grands Prix du Disque» de l'Académie Charles Cros, de nombreux Diapasons d'or, notamment pour ses intégrales Mozart et Beethoven chez Calliope. Le Quatuor Talich a également enregistré toute la grande littérature tchèque pour quatuor à cordes.
 


 
 

LE PROGRAMME

Giacomo PUCCINI (1858-1924) : Chrisantemi, élégie pour quatuor à cordes.

Lorsque Puccini écrit « Chrisantemi », il n'a pas encore quitté Lucques, sa ville natale. En 1875,  il va écouter « Aïda » à Pise, découvre l'opéra et décide d'être musicien de théâtre, rompant avec la tradition de sa famille, oùï l'on est organiste de père en fils. Parmi ses premières oeuvres, est restée célèbre cette élégie, écrite en 1878, conçue à la mémoire d'Amédée de Savoie, Duc d'Aoste. C'est un chant funèbre en un mouvement continu où alternent deux thèmes contrastés : l'un dolce, lyrique, mélodique, désolé ; l'autre rythmé, con molto expressione. Puccini utilisera le premier thème dans le dernier acte de Manon Lescaut. Cette courte page d'une émotion soutenue et que ne gâte aucun effet mélodramatique, nous introduit dans le climat typiquement « puccinien ».

Félix. MENDELSSOHN (1809-1847) : Quatuor en fa mineur, Op.80.

Dès 1846, Meendelssohn traversait uneé crise grave, accablé par les charges multiples, les concerts, les éditeurs et les attaques croissantes de la presse, En avril 1847, pour la dixième - et dernière - fois, il foulait le sol britannique, et recevait un immense succès à la fois comme compositeur, pianiste et organiste. De retour à Francfort, le 17 mai, il apprit la mort soudaine de sa soeur Fanny. Il avait pour elle une grande affection ; elle l'avait toujours accompagné dans son évolution artistique, ayant elle-même un grand talent de pianiste et de compositeur. A l'annonce de cette nouvelle, il s'effondra sans connaissance. Il ne s'en remit jamais et suivit Fanny dans la tombe dès le 4 novembre.

En juillet, Mendelssohn était allé se reposer en Suisse et avait recommencé à composer. Seul lee Quatuor en fa était achevé en septembre. Il ne fut joué et publié qu'après sa mort. Connu également sous le titre « Requiem sur la mort de Fanny », ce quatuor ne correspond plus à l'image du romantique sage et aimable. C'est un cri de douleur d'une violence effrayante, l'expression d'une souffrance aigüe et d'une révolte contre la mort, celle de Fanny et la sienne qu'il prévoyait. L'oeuvre est parfaite, dans sa forme et dans son écriture, mais dense et tendue à l'extrême.

Dès le début du lMouvement, Allegro vivace assai, le sentiment de fureur éclate par l'attaque, à la basse du violoncelle et de l'alto suivie d'un trémolo sauvage des deux violons. Soudain jaillit dans l'aigu un cri du 1er violon. Cette entrée est répétée et après une transition le second thème, plus calme, apporte une détente momentanée. Des modulations tourmentées, puis, de nouvea  la pédale basse et les trémolos introduisent un développement étrange où le ler thème est haché et déformé ; le second thème s'impose jusqu'au retour des basses, des trémolos: une réexposition qui se terminera par une cadence très brillante au 1er violon et un point final abrupt.

Le Second Mouvement, Allegro assai, se développe dans un univers aride. Nous sommes loin du monde des fées des scherzos mendelssohniens. Ici, pas d'élément chantant, mais une ligne syncopée, des dissonances rauques, des chromatismes obstinés. Le Trio central est une sorte de ronde lancinante aux couleurs sombres, sur une basse contrainte, comme une passacaille romantique. Après la reprise du Scherzo, le thème du Trio se retrouve dans la coda.

Le 3ème Mouvement, Adagio, est une élégie mélancolique en clair-obscur. Le violoncelle, dans une phrase descendante, introduit un très long thème au violon, qui chante sans vraiment s'épanouir. Une transition haletante mène au second thème, suivi d'une conclusion oppressante . La réexposition est interrompue par des accords dissonants et des modulations hardies, où se déploie la phrase descendante du violoncelle. Le morceau s'éteint avec une coda apaisée.

4ème Mouvement: Finale : Allegro moito. Dans ce morceau inquiet et agité se retrouve le caractère désespéré du ler Mouvement: la basse en bourdon sous le thème syncopé, haché, du ler violon, puis une montée en trémolos vers le second thème. Il est plus chantant, mais sans véritable mélodie, Le développement est une série, sans liens apparents, de formules rythmiques brutales empruntées au ler thème et d'accords dissonants. Une phrase mélodique, apparaît, isolée. La réexposition ramène le bourdon et le thème en syncopes. Ce thème est alors joué par le second violon, l'alto et le violoncelle, tandis que le ler violon les survole en brillants triolets. Ils vont ainsi terminer ce mouvement comme un Finale de concerto.

ENTRACTE

Antonin DVORAK (1841-1904) . Quatuor N° 12, Op. 96 en Fa majeur - "Américain"

Bien que Dvorak se soit toujours proclamé « un musicien tchèque tout simple », sa musique connut très tôt une célébrité internationale. En 1891, une admiratrice américaine lui demanda de venir diriger le Conservatoire National qu'elle fondait à New-York, comptant sur lui pour faire surgir une musique nationale américaine, comme il avait su créer la musique tchèque. En dépit de la gloire et des honneurs, Dvorak, en mai 1803, avait l'intention de rentrer en Bohême pour les vacances. Il y renonça pour répondre aux sollicitations de son élève et assistant, Jan Kovarik, venu avec lui de Prague, mais dont le père était instituteur à Spillville, à 2000 km à l'Ouest, où ils se rendirent en train. Spillville était un gros village complètement tchèque, groupé autour de son école et de son église Saint-Venceslas. Il était peuplé de Tchèques de la Bohême du Sud que Dvorak affectionnait particulièrement. Ils avaient émigré pour des raisons économiques et furent très heureux d'accueillir un aussi illustre compatriote.
Quant à Dvorak, il confia ses impressions: « Je me sentais bien parmi eux; ils m'aimaient tous. Surtout les vieilles et les vieux, heureux d'entendre à - l'église les chants religieux  tchèques que je jouais ». Il retrouvait donc les accents de la musique tchèque, en même temps qu'il découvrait - dans le fond de l'Iowa - la musique des Noirs et celle des tribus Indiennes. Il s'y était déjà intéressé à New-York. Avec le curé de Spillville, il parcourait les forêts et les prairies. De ces vacances inespérées, il rapporta un Quintette et un Quatuor, réalisant une osmose naturelle entre les éléments américains et la tradition tchèque.

Le Quatuor Américain, de construction classique, est constitué de quatre mouvements.
Le ler Mouvement, Allegro ma non troppo, est de forme sonate traditionnelle. La première idée mélodique est exprimée par l'alto, puis le violon. Après une transition, le violon chante une deuxième mélodie, plus mélancolique. Les deux sont basées sur la gamme pentatonique (les touches noires du piano), comme nombre de chants folkloriques, bohèmes ou noirs d'Amérique. Le développement se fait sur le ler thème. Après la réexposition, un fugato conclusif ouvre une troisième idée.

Le Second Mouvement, Lento, est une longue cantilène du ler violon, sorte de « blues » sur un balancement de berceuse. Elle est reprise par le violoncelle, nostalgique. Partant de la nuance « piano » . une gradation monte vers une tension expressive; puis le thème revient et après un. « pianissimo », la gradation reprend; ceci trois fois de suite. C'est le violoncelle qui chante le dernier thème, et s'immerge « morendo ».

3ème Mouvement, Molto vivace: ambiance de fête, rythme de danse dans ce scherzo à la consonance exotique. Le thème est répété et varié avec insistance, interrompu par l'imitation de la fauvette locale (le « tanager ») : « C'était, dit Dvorak, le gazouillis d'un petit oiseau dans le jardin ». Le trio central est en mineur : chant un peu nostalgique, sur le même rythme que le scherzo. Puis le « da capo » ramène la fête et le gazouillis du tanager.

Le 4ème Mouvement, Vivace ma non troppo, commence par un battement de tambour (tambour des Indiens ?)donnant le rythme d'une danse joyeuse et explosive. La mélodie suivante est énoncée « dolce », plus rêveuse. La danse revient, et sera interrompue par un épisode lent, rappelant sans doute un cantique de la paroisse de Spillville. La danse reprend son rythme, puis un nouvel épisode lent est, cette fois, chanté par le violoncelle, plus solennel. Le retour de la danse mène à une coda pleine de lumière et d'exubérance.
 
 


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