PIANO, CLARINETTE, VIOLONCELLE
Claire
DESERT, piano - Pascal MORAGUES, clarinette,
Gustav
RIVINIUS, violoncelle
Après
un 1er Prix de Musique de Chambre et un 1er Prix de Piano au CNSM de Paris,
Claire DESERT
(née en 1967)a reçu du gouvernement français une bourse
pour une année d'études à Moscou. Comme pianiste elle a été invitée par
de nombreux festivals (Montpellier, La Roque d'Anthéron, Piano aux Jacobins),
en récital ou avec orchestre (Orchestre de Paris, de Radio-France, de Québec,
de Strasbourg). La musique de chambre représente également une part importante
de son activité; elle fait partie du quatuor Kandinsky (venu à Châteloy
en 1996), se produit avec le violoniste Régis Pasquier, le quatuor Parisii
... Enregistrements chez Fnac Musique: Schumann, puis en 1995 les concertos
de Scriabine et de Dvorak avec l'Orchestre philharmonique de Strasbourg
pour lequel elle obtient en 1997 une Victoire de la musique et un enregistrement
à deux pianos consacré à Brahms avec Emmanuel Strosser. Depuis, ses prestations
se multiplient en France et à l'étranger (Italie, Europe Centrale, Amérique
du Sud)
Il paraît
presque superflu de présenter Pascal MORAGUES à Châteloy où il est
venu en 1994 avec le Quatuor Parisii et en 1996 dans le Quintette Moragues.
Il est « l'un des meilleurs clarinettistes, non seulement en France,
mais au plan mondial. »- (Daniel Barenboïm). Brillant soliste sous
la direction des plus grands chefs d'orchestre, actif dans le domaine de
la musique de chambre, avec des partenaires de renom, et dans le Quintette
qu'il a fondé avec ses frères, il apparaît dans de nombreux festivals,
s'est produit au Japon, aux Etats-Unis, en décembre 1993, il a remporté
un grand succès en participant au festival qu'organisait Sviatoslav Richter
au Musée Pouchkine de Moscou..
Né en 1965,
Gustav RIVINIUS a commencé ses études de violoncelle à l'âge de
6 ans à Munich. Puis il étudia à Sarbrücken avec Ulrich Voss. Après avoir
terminé ses études supérieures, il travailla avec David Cieringas puis
à la Juliard
School à New-York avec Zara Nelsova, puis à Bâle avec Henrich Schiff. Gustav
Rivinius a gagné de nombreux concours nationaux et internationaux - en
1999 : le ler prix et la médaille d'or du 9ème concours Tchaïkovsky à Moscou,
donnés pour la première fois à un musicien allemand, ce qui lui apporta
de nombreux concerts dans des lieux musicaux importants (France, Mexique,
Japon, USA). Il joue avec de nombreux orchestres (Leipzig, Helsinki, Symphonique
de Berlin, Symphonique bavarois de Munich, Washington, Pittsburg). En 1990,
il a gravé son premier CD (Sonates de Brahms, Boccherini, Zimmennann) pour
Harmonia Mundi.
LE PROGRAMME
Ludwig
van BEETHOVEN (l 770 - 1827) : Trio N°4, Op.1 1 en Si bémol majeur.
Cette oeuvre a été composée en 1797-98, période heureuse de la vie de Beethoven.
Il vit à Vienne, il connaît le succès à la fois musical et mondain: l'aristocratie
viennoise, mi-émerveillée mi-protectrice, l'a adopté ; il est célèbre comme
créateur et comme virtuose.
Le Trio
Op. 11 est encore proche du Divertissement: il ne comporte que 3 mouvements
(pas de scherzo), le style est charmeur et riant.
Le ler Mouvement, Allegro con brio virtuose et pathétique, est écrit sur deux thèmes qui commencent par le même groupe de trois notes ascendantes. Mais le premier est basé sur un unisson très ferme dont trois mesures assureront la plus grande partie du développement, alors que le second est une belle mélodie.
Second Mouvement, Adagio con espressione. Le thème unique, conduit par le violoncelle, est un beau « cantabile » qui se développe très librement. On retrouvera ce thème dans le 3ème Mouvement du Septuor.
Pour le 3ème Mouvement,Tema con variazioni , Beethoven a emprunté un air guilleret de l'Opéra comique « Le corsaire par amour » de Joseph Weigl, représenté à Vienne en octobre 1797. Le thème est suivi de 9 variations succintes et bien contrastées: La 1 ère est jouée par le piano, la 2ème par le violoncelle et le violon. Dans la 3ème, les trois instruments sont brillants. La 4ème, en mineur, est méditative. La 5ème met en valeur la virtuosité du piano. La 6ème, au rythme syncopé, est légère et brève. Dans la 7ème, en mineur, le rythme est lourd et sombre. La 8ème est un cantabile du violoncelle et du violon. La 9ème est un canon commençant par le piano, continuant au violon et au violoncelle accompagnés par le clavier. Un court Allegro conclut le mouvement par de brefs motifs fragmentés du thème.
Ludwig, van Beethoven : 4ème Sonate pour piano et violoncelle - Op.102 N01.
1815 : année de contrastes dans la vie de Beethoven. En octobre 1814, dans l'euphorie du Traité de Vienne, il est au sommet de sa célébrité, faisant figure de grand homme unanimement respecté. Le 25 janvier 1815, il donne, comme pianiste, son dernier concert devant une assemblée d'empereurs et de rois. Euphorie sans lendemain: son idéal républicain est déçu. par les réactions politique et religieuse et Vienne n'a d'applaudissements que pour Rossini. Déjà isolé par sa surdité, Beethoven se trouve sans véritables amis. Il se tourne alors vers la philosophie, la sagesse grecque, les poètes orientaux, la pensée indienne. Pourtant, au sein de cette quasi-solitude, une amitié refleurit: Marie Erdödy, avec qui il était brouillé depuis 1809. Une correspondance abondante s'établit entre eux et c'est à elle qu'il dédie les deux Sonates pour violoncelle Op,102, deux Sonates étranges ainsi acueillies par « L'Allgemeine Musikahsche Zeitung » : « Elles appartiennent au goût le plus, inaccoutumé et le plus étrange... Nous n'avons jamais pu prendre goût aux deux sonates; mais ces compositions sont peut-être un chaînon nécessaire dans les créations de Beethoven pour nous conduire là où la main sûre du maître voulait nous mener. » Le manuscrit de la Sonate N°l porte la mention « Sonate libre ».
Elle commence par un court Andante, fantasque, avec un très beau chant du violoncelle.
Après une calme conclusion, le second Mouvement, Allegro, fait irruption directement, dans un rythme énergiquement pointé, en la mineur, dans une nuance sombre. L'impulsion de ce 1er thème soutient tout le mouvement, malgré l'intervention d'un second thème chanté par le violoncelle.
Le 3ème Mouvement est un Adagio aux harmonies singulières. Des traits décoratifs de triples et quadruples croches lui donnent le caractère d'une improvisation.
Il s'enchaîne avec le 4ème Mouvement, Allegro Vivace, dont le début est indécis puis sera concentré d'un bout à l'autre sur le motif initial, une impulsion incisive de quatre notes, adoucie par un motif plus doux et léger énoncé au piano. Soudain une note grave du violoncelle introduit le 1er thème autoritaire, puis le second, très léger ils dialoguent dans un passage fugué. La tension monte crescendo, très virtuose, marquée d'accents forts, et le violoncelle introduit la réexposition. Après une fausse sortie, le violoncelle revient à la basse et le thème d'ouverture s'affirme avec une puissance presqu'incontrôlée.
ENTRACTE
Robert SCHUMANN (1810 - 1856) - Phantasiestileke pour clarinette et piano - Op. 73
Le titre original est « Soiréesstücke ». Schumann les a écrits en février 1849. Il est alors installé à Dresde, mais a perdu l'espoir d'y trouver une carrière intéressante. Malgré les défaillances physiques et le désarroi moral, il compose : l'année 1849 est très prolifique. Détaché des réalités lors des émeutes révolutionnaires qui opposent Dresde à la Prusse, seul l'art compte pour lui : « J'ai beaucoup travaillé ces derniers temps - ce fut mon année la plus féconde - comme si les tempêtes faisaient rentrer l'homme en lui-même, et j'ai trouvé dans le travail une consolation aux terribles évènements extérieurs. »(Avril 1849)
Les 3 morceaux des Phantasiestûcke portent des indications en allemand, remplaçant la traditionnelle terminologie italienne. Schumann a été le premier des musiciens allemands à introduire cette nouvelle manière, établissant d'une façon plus suggestive le climat de l'oeuvre. Ils sont tous trois construits en forme « lied » (ABA) avec une coda et doivent être oués sans interruption. De pièce en pièce, le tempo s'accélère. Au cours de ces morceaux, Schumann met en valeur tous les registres de la clarinette
La 1ère Fantaisie, Zart und mit Ausdruck ( Tendre et avec expression) est écrite en la mineur dans un climat élégiaque. La clarinette chante une mélodie simple et fluide. La partie centrale est en fa majeur , les deux instruments y échangent des arpèges par mouvements contraiîres. La reprise est suivie d'une brève coda.
La 2ène Fantaisie, Lebhaft, leicht (Vif et léger), écrite en la majeur, est un scherzo léger, plus animé L'épisode central, en fa majeur comme dans le 1er mouvement, repose sur un échange de gammes en triolets. Après la reprise, le morceau s'estompe en une coda « nach und nach ruh iger » (de plus en plus calme).
En contraste, la 3ème Fantaisie, Rash und mit Feuer (Rapide et avec feu), en la majeur, commence par une brillante montée arpégée de la clarinette soutenue par les accords du piano. L'épisode central est en la mineur comme la 1ère Fantaisie dont elle rappelle le thème. La reprise est suivie d'une ample coda « schneller und schneller (de plus en plus vite) reprenant, le motif principal de la 2ème Fantaisie.
Johannes BRAHMS (l 833-1897) : Trio N° 2 en Ut majeur - Op. 87
Le1er Mouvement fut composé en 1880, les trois autres en 1882 lors de son séjour d'été à Ischl. Après uneannée de travail à Vienne et surtout de très nombreux voyages pour faire connaître, créer ou diriger ses oeuvres ( Hongrie, Zurich, Breslau, Leipzig, Berlfin), Brahms s'installe pour deux mois dans cette ville d'eau au centre du Salzkammergut où les Viennois, l'Empereur en tête, vont se soigner. C'est une véritable succursale de Vienne : la Cour, l'Opéra, le Théâtre, la Bourse, tout y est. Brahms se sent heureux dans ce tourbillon d'élégance. Le seul inconvénient est le mauvais temps : il pleut très souvent et il faut rester enfermé, ce qui est favorable à un travail fécond.
Le Trio N°2 est écrit pour piano, violon et violoncelle. La clarinette jouera la partie de violon. Brahms allie dans cette oeuvre très riche une absolue maîtrise de la forme à une grande liberté d'inspiration et un foisonnement d'idées.
Le 1er Mouvement, Allegro, est construit sur deux thèmes, mais s'y ajoutent six motifs secondaires. Le ler' thème, énergique et noble, est présenté poco forte par la clarinette et le violoncelle en unisson à l'octave. Après un motif secondaire, le second thème est énoncé au piano, doux, expressif, un peu mélancolique. La plupart des motifs énoncés ont une parenté avec le ler thème dont ils ont la vigueur. Le développement est très libre. Après une réexposition à peu près symétrique, une ample coda conclut le Mouvement d'une manière brillante.
Le 2ème Mouvement, Andante con moto, en la mineur, se présente sous forme d'un thème et de cinq vaniations. Ce thème très pathétique, est joué par la clarinette et le violoncelle à 1'unisson. Il a le caractère d'une mélodie populaire hongroise. Dans la 1ère Variation, le thème ,est traité très librement dans un dialogue où le piano domine. La 2ème variation, lyrique est un dialogue rêveur avec transformation rythmique du thème. La 3ème est éclatante: c'est le somrnet du Mouvement. Dansla 4ème en la majeur, le thème, est « dolce », mélodique, sur des syncopes au piano. Avec la 5ème, retour à la mineur, la clarinette et le violoncelle dialoguent doucement et tendrement sur 1'accompagnement régulier du piano.
3ème
Mouvement : Scherzo : Presto.
Il est mystérieux, fantasque, fait de «chuchotements -nocturnes » (Claude
Rostand). Ici ressort l'humeur nordique de Brahms. Le Trio central, Poco
meno presto en ut majeur est mélodique, expressif et moins assombri,
de saveur légèrement populaire. Reprise du Scherzo en mineur et une brève
coda termine ce morceau magique.
Le 4ème Mouvement, Finale: Allegro giocoso, se déroule dans une allure carrée, décidée. Il possède une forme un peu particulière, comportant quatre épisodes égaux, construits sur quatre thèmes qui apparaissent successivement dans le premier épisode : le ler robuste, le 2ème aussi énergique mais plus expressif, le 3ème plus orné et le 4ème comme une danse campagnarde légère. Le second épisode utilise le ler et le 2ème thèmes. Le troisième épisode les utilise tous en ordre. Le dernier épisode est bâti sur le ler thème qui s'intensifie. La coda conclut dans la force et l'allégresse.