Cet article est paru dans "LA MONTAGNE" le 16 septembre 2002
Les
métamorphoses de Vito Imburgia
L'hiver, Vito
lmburgia cultive les citrons de son jardin de la banlieue de Palerme.
L'été, il les partage avec ses amis de Villebret. Toute l'année il sculpte
et fait de la poésie. Ilexpose jusquà ce soir, au Salon dEstivareilles
et jusqu'au 22 septembre, au Salon d'Hérisson.
Vito
Imburgia a toujours un citron de son jardin palermitain prêt
pour
Ies amis de passage
(Photos
: Pascal MOUCHONNET)
VITO
IMBURGIA a toujours un citron à partager avec les amis de passage. Chaque
été. il en ramène de pleines brassées à Villebret, où il passe les mois
d'été. Les fruits gorgés de soleil proviennent de son jardin de Monreale,
dans la banlieue de Palerme. Symbole de la Sicile, Ie citron est une marque
de bienvenue pour Vito Imburgia. Prélude à la pasta qu'il prépare
lui-même.
L'acidité de
l'agrume pelé dégage un parfum d'enfance pour le sculpteur sicilien. Fils
d'agrumiculteurs, le gamin d'Altavilla Milicia (dans la banlieue de Palerme)
a taillé ses premières branches et modelé ses premières figurines d'argile
sous les citronniers de l'exploitation familiale. Sur des chantiers de
fouilles près de chez lui il a découvert l'art grec et conforté sa vocation
naissante.
Des études de
droit et de sciences politiques l'on conduit à enseigner en Sicile et en
Sardaigne, sans jamais s'éloigner totalement de la pratique artistique.
« Chez nous on a toujours fait des petites choses en bois et en argile,
des charrettes siciliennes, des pupi (marionnettes à fils siciliennes)...
Plus , tard je me suis mis à acheter des sculptures. Et un jour j'ai commencé
à modifier dans l'une d'elle ce qui ne me plaisait plus».
Vito Imburgia
est un homme de passion. Celle de la sculpture l'a conduit à s'intéresser
à l'art des différentes civilisations où le conduisaient ses pas, en Afrique
notamment. Celle d'une jeune parisienne en vacances en Sicile, Simone,
l'a amené à travailler six mois chez Citroën pour la retrouver. Ils
sont mariés depuis près de quarante ans.
En famille ils
ont monté une société de distribution de matériel informatique à Palerme.
Enfant, Simone venait en vacances à Néris-les- Bains. Elle possède des
origines familiales du côté de L'Etelon. « Elle m'a fait découvrir ce pays,
et je l'ai aimé», explique son époux.
Il y a six ans,
ils ont acheté une maison à Villebret, pour s'éloigner des chaleurs paliermitaines
de l'été. Vito Imburgia y amène chaque mois de juillet une provision de
citrons, et quelques blocs de pierre de Sicile. Le sculpteur travaille,
en taille directe, une variété de tufeau ocre. « C'est la pierre qui me
donne les indications, explique-t-il. J'aime me laisser guider par elle,
suivre la découverte d'un coquillage qu'elle a figé ».
Après quelques
expositions. en Sicile, Vito Imburgia s'est laissé convaincre, par la sculptrice
Cama, de présenter son travail en Bourbonnais. C'était il y a trois ans,
à Hérisson. Depuis, le sculpteur est
devenu un habitué des salons de l'Allier et du Cher.
Les premières
oeuvres de Vito Imburgia ont des lignes encore hellénistiques. Les masques
grimaçants accrochés sur la façade de sa maison rappellent les grotesques
statues de la villa Palagonia à Bagheria, dans la banlieue de Palerme.
__________________
Après le salon
d'automne d'Estivareilles, qui se referme ce soir, Vito Imburgla expose
certaines de ses ceuvres au salon d'Hérisson, du 15 au 22 septembre; puis
au salon du Val d'or à Meillant, du 21 au 29 septembre; au salon des arts
de Buxières-lesMines du 21 septembre au 6 octobre; et au salon d'automne
de Colomiers à Toulouse, en octobre.
__________________
Les visages entremêlés
dans plusieurs sculptures évoquent celles d'un autre de ses compatriotes,
Filippo Bentivegna, qui a gravé ses délires dans les cailloux de son jardin
incantato de Sciacca, dans le sud-ouest de l'ile.
Dans son extase,
Cléopâtre morte, entourée d'un chat et d'un serpent, montre des alanguissemenpts
proches de ceux de la Sainte-Thérèse de Bernini. La madone qui trône dans
l'escalier possède des puretés romanes. « J'aimerai la donner à l'église
de Villebret », indique l'auteur. L'allégorie et la symbolique médiévales
traversent certaines de ses stèles. La métamorphose en est un thème récurent.
Dans « L'histoire de la femme », le sculpteur a suivi les différents âges
de ses divinités. Dans une Résurrection, le personnage christique qui surgit
de terre est entouré d'une foisonnante galerie de personnages qui se fondent
les uns dans les autres. Dans cette femme, Vito Imburgia mis les traits
de sa mère, Maria; dans cet homme, le profil de son père, Salvatore.
Le sculpteur
est un brouilleur de pistes. « J'aime les sculpteurs classiques, mais j'aime
aussi César et ses compressions» revendique t-il. Avec « Adam et Eve chassés
du paradis » le sculpteur s'est affranchi des repères antiques et romans.
Dans ce galet des rivages siciliens il a stylisé à l'extrême une maternité.
Dans son jardin il a aussi installé de ludiques compositions abstraites
Agé de 65 ans,
Vito Imburgia a aujourd'hui
toute latitude pour pouvoir se laisser porter par la fièvre qui quelquefois
le gagne : « lors de certains moments intenses, il m'arrive de sculpter
de l'aube jusqu'au crépuscule. Puis je connais des moments d'accalmie...
Mais je ne sculpte que lorsque je ne fais pas de poésie», confie-t-il.
Pour brouiller tout à fait les pistes.
Jean-Marc
LAURENT.