DUO
PIANO -VIOLON
Marie-Josèphe
JUDE - Laurent KORCIA
LES ARTISTES
Née
en 1968, Marie-Josèphe JUDE entre à 13 ans au Conservatoire
National Supérieur de Musique de Paris dans la classe d'Aldo Ciccolini.
Elle reçoit parallèlement les conseils de Jean Hubeau pour
la musique de chambre et aussi ceux de Gyorgy Cziffra. A 16 ans, elle obtient
un Premier Prix de piano au CNSM et une licence de concert de harpe à
l'Ecole Normale de musique de Paris. Egalement couronnée en musique
de chambre (1er Prix), elle est immédiatement admise en 3ème
cycle dans la classe de Jean-Claude Pennetier.
En 1986,
la rencontre avec Maurice Ohana en fait une de ses interprètes préférées
et lui ouvre les chemins de la musique contemporaine, Elle perfectionne
son art du piano classique et romantique en suivant les classes de Gyorgy
Sebok. En 1989, elle est finaliste du Concours Clara Haskil. En 1995, elle
obtient la Victoire de la Musique Classique dans la catégorie «
Nouveaux Talents ».
Marie-
Josèphe Jude a participé à de nombreux festivals:
Montpellier, Sceaux, La Vézère, La Roque d'Anthéron,
et à l'étranger: Bath (Angleterre), Québec, Lugano
et Locarno (Suisse), Arjeplog (Suède), Kuhmo (Finlande), Brabant-Wallon
......
A Paris,
elle s'est produite au Châtelet, au Musée d'Orsay, Salle Gaveau,
Salle Pleyel, au Théâtre des Champs Elysées, à
Radio-France.
Elle a
été soliste de nombreux orchestres: Orchestre de Paris, Orchestre
National de France, de Lyon, d'Ile de France; à l'étranger:
Orchestre de l'Académie Chopin (Varsovie), BBC Scottish Orchestra,
Orchestre symphonique de Bâle. Elle a joué sous la direction
d'Emmanuel Krivine, Frans Brüggen, Charles Dutoit.....
Marie-Josèphe
Jude est aussi une charribriste, confirmée. Elle s'est produite
avec Jean-Jacques Kantorow, Henri Demarquette, Sonia Wieder-Atherton, Michel
Portal, Pascal Moraguès. Elle joue régulièrement avec
Jean-François Heisser (4 mains ou 2 pianos) dont elle est assistante
au CNSM de Paris depuis 1997.
Elle enregistre
en exclusivité pour « Lyrinx » (intégrale des
ceuvres pour piano de Brahms, un CD de Mendelssohn). Avec J.F.Heisser,
elle vient d'enregistrer des Valses et Danses Hongroises de Brahms chez
« Naïve ».
Les extraits
de presse qui lui sont consacrés reconnaissent « sa fougue
naturelle », « un toucher merveilleux d'élégance,
un style sans tapage et d'une très grande subtilité »,
« l'une des jeunes pianistes les plus mûres et passionnantes
de sa génération ».
*
LE PROGRAMME
Johannes
BRAHMS (1833-1897): Transcription pour piano de la Grande Chaconne
de la Partita II pour violon seul de Jean-Sébastien BACH.
La Grande
Chaconne de Bach a inspiré plusieurs pianistes: Mendelssohn, Brahms,
Busoni. Brahms a recherché et trouvé un effet très
particulier pour exprimer au piano l'émotion qu'il ressentait en
l'écoutant telle que Bach l'avait écrite pour le violon:
il l'a transcrite pour la main gauche seule, lui conservant ainsi quelque
chose d'essentiellement violonistique. Dans une lettre à Clara Schumann,
il explique cette interprétation: « Pour moi, la Chaconne
reste le plus merveilleux, le plus extraordinaire morceau de musique. Sur
une seule portée, avec un seul instrument se traduit tout un monde
d'idées profondes et des plus puissantes émotions... Mais
c'est une pièce qui vous invite à en faire quelque chose...
Il n'y a pour moi qu'une seule façon de retrouver la vérité
de l'oeuvre - vérité diminuée, certes, mais cependant
approchée et tout-à-fait pure - c'est de la jouer pour la
main gauche seule! Le même genre de difficultés, le même
style de technique, les effets arpégés, tout cela concourt
à me donner une impression violonistique ».
Robert SCHUMANN (1810-1856): lere Sonate pour violon et piano Op.105 en la mineur
Schumann
a très peu écrit pour le violon. C'est seulement à
la fin de sa vie qu'il lui consacre quelques oeuvres -. les deux Sonates
pour violon et Piano en 1851, la Fantaisie et le Concerto avec orchestre
en 1853.
La première
Sonate fut composée entre le 12 et le 16 septembre 1851 à
Dûsseldorf. Installé dans cette ville comme « Musik
Director » en septembre 1850, il déploya d'abord une activité
intense. Jouissant d'un répit relatif dans ses souffrances et ses
troubles nerveux, il produisit sans trêve, revenant à toutes
les formes qui avaient marqué son évolution: piano, lied,
grandes Ouvertures, musique chorale et musique de chambre.
Cette
première Sonate est très courte, et ne comporte que trois
mouvements.
Le 1er
Mouvement, « Mit Leidenschaftlichem » (Avec une expression
passionnée) est sombre. Il commence par un motif obsédant
du violon, qui va dominer tout le morceau. Le piano très agité
accentue le caractère passionné, laissant place à
quelques moments de lyrisme moins sombre.
Le 2ème
Mouvement
- exception dans l'oeuvre de Schumann - est pourvu d'un titre italien:
Allegretto.
C'est un rondo qui apporte tendresse et sérénité,
contrastant avec le1er Mouvement. Le refrain a une tournure populaire,
avec une ritournelle amusante. Le ler couplet est un chant confidentiel
du violon. Après le retour du refrain, une danse tient lieu de second
couplet.
Dans le
3ème
Mouvement, « Lebhaft » ( Animé ), le violon se lance
dans un mouvement perpétuel sans contour mélodique mais avec
une carrure fortement marquée. Ce « galop » est coupé
d'accords très affirmés. Il est interrompu au milieu du morceau
par un motif très mélodique. Le mouvement perpétuel
reprend alors jusqu'à la Coda où est rappelé le thème
sombre du 1er Mouvement.
Leös JANACEK (1854 1928) : Sonate pour piano et violon
Après
quelques oeuvres de jeunesse, pendant plus d'un quart de siècle
(de 1880 à 1910), Janacek ne s'est plus intéressé
à la musique de chambre, cherchant sa voie dans le domaine de l'opéra.
C'est après la guerre de 1914-18, à soixante ans passés,
qu'il devint un compositeur « moderne » enfin reconnu et qu'il
composa une série de chefs-d'oeuvre d'une étonnante originalité.
Sans doute était-il inspiré par deux évènements
heureux: la création d'une Tchécoslovaquie indépendante
pour laquelle il militait depuis son adolescence et son amour pour une
toute jeune femme, Kamila Stosslova, rencontrée au cours de l'été
1914.
C'est
justement en 1914 qu'il commença d'écrire la Sonate pour
piano et violon. « J'ai écrit, dit-il, la Sonate pour violon
au début de la guerre, quand nous attendions l'arrivée des
Russes en Moravie » (A cette époque, il considérait
les Russes comme ceux qui délivreraient les Tchèques de l'oppression
des Habsbourg). Souvent révisée, la Sonate ne fut créée
dans sa forme définitive qu'en 1922.
Si l'on
perçoit dans cette oeuvre l'influence des compositeurs russes -
qu'il admirait et celle du folklore tchèque, on est surtout étonné
par sa vitalité, parfois agressive, les contrastes, la multiplicité
des climats. Elle est composée de quatre épisodes : Con moto,
Ballada, Allegretto, Adagio.
Au ler
Mouvement, Con moto, Janacek a donné la structure de la forme «
Sonate » à deux thèmes. Le ton est donné dès
l'introduction: dans un élan passionné, le violon lance les
premières notes d'un thème bref, accompagné de rafales
de triples-croches au piano. Cet accompagnement sera à la base de
tout le morceau, tantôt brutal, tantôt murmuré. Après
l'agression de ce début, le piano, en contraste, égrène
quelques notes puis expose « dolce » le thème devenu
plus calme. Le violon le reprend, mais s'arrête pour s'élancer
comme au début. Ces phrases contrastées alternent et un second
thème apparaît, plus grave et chantant, au violon puis au
piano. Après une réexposition de tous ces motifs contrastés,
le mouvement s'éteint simplement.
2ème
Mouvement. Cette Ballada commence par une mélodie - peut-être
imaginaire des montagnes des Beskydes, le pays natal de Janacek. Elle est
chantée par le violon sur un ruissellement de notes du piano, puis
par le piano. Une seconde partie, dans une atmosphère confidentielle
est une sorte de nocturne secret, d'abord grave puis clair et pur, brusquement
interrompu par une intervention dramatique du violon, soutenu par l'accompagnement
turbulent du piano. Puis la claire mélodie revient et s'évanouit
doucement.
Le 3ème,
Mouvement, Allegretto, est construit en forme de Scherzo avec Trio.
Danse, jouée par le piano, puis chant du violon, rêveur et
mystérieux, évoquent le folklore russe.
L'Adagio
finale est tout en contrastes: le chant « dolce » est interrompu
par les violents accents du violon. Plusieurs phrases ainsi contrastées
se succèdent. Puis le piano monte en crescendo, rejoint par le violon
fortissimo dans l'aigu. Après le decrescendo, retour au calme et
à l'adagio du début. Il diminue jusqu'à disparaître
dans la brume.
ENTRACTE
Eugène YSAYE (1858-1931) : Sonate pour violon seul n°3 Op.27 - « Ballade » - en ré mineur.
Né
à Liège, Ysaÿe fut élève de Wienawski
au Conservatoire de Bruxelles, puis de Vieuxtemps au Conservatoire de Paris,
il héritait ainsi de la tradition de l'Ecole française de
violon. Il la transmit au 20ème siècle, mais en y ajoutant
l'influence du modernisme, il rompait avec les excès du romantisme.
Les « Six Sonates pour violon seul » constituent un monument
de la technique moderne du violon.
Ysaÿe
était obsédé par l'oeuvre monumentale laissée
par Jean-Sébastien Bach pour violon solo. Conscient de la pauvreté
du répertoire de violon solo, il voyait aussi la difficulté
d'écrire de telles oeuvres en échappant à la domination
et au génie du « Kantor ». Pour se protéger de
l'influence de J.S.Bach, il composa chaque Sonate en l'adaptant au style
et à la technique d'un violoniste contemporain. Chaque oeuvre de
l'Op.27 est donc dédiée à un virtuose (Szigeti, J.Thibaud,
G.Enesco, Kreisler, Crickboom, Quiroga).
Esquissées
en 24 heures dans sa villa d'été au Zoute en 1923, elles
furent composées en quelques semaines et publiées en 1924.
La 3ème
Sonate est dédiée à Georges Enesco. Ecrite en un seul
mouvement, elle porte le nom de « Ballade ». Elle commence
par un lent récitatif expressif et mystérieux qui s'accélère
graduellement et devient un allegro con bravura au rythme accentué,
très virtuose. Il reste cependant dans un univers lyrique. «
J'ai laissé mon imagination aller à sa guise » avouait
Ysaye.
Johannes BRAHMS : Danses Hongroises
Le titre
devrait être « Danses tziganes », car Brahms ne connaissait
pas le vrai folklore hongrois ou magyar, qui sera découvert et mis
en valeur plus tard par Bartok et Kodaly.
Il avait
entendu des musiciens tziganes dans les tavernes du port de Hambourg où
il jouait du piano pour gagner un peu d'argent. Accompagnant le violoniste
hongrois Eduard Remenyi en 1853 dans une tournée en Allemagne, ce
dernier l'entraînait à jouer les chansons tziganes qu'il avait
transcrites à sa façon et dont Brahms, plus tard, fera son
profit.
Installé
à Vienne en 1863 comme Directeur de la Singakademie, il entendait
les musiciens tziganes jouer dans les Cafés et Clara Schumann ou
lui-même terminaient souvent un récital avec quelques-unes
de leurs Danses.
Brahms
composa 21 « Danses Hongroises » réparties en quatre
cahiers. Les deux premiers ( 10 premières danses) furent publiés
en 1869 sous le titre « Danses hongroises arrangées pour le
piano par Johannes Brahms ». Leur succès fut immense et en
1880 furent publiés deux autre cahiers - les Danses 11 à
21. Dans les dix premières, Brahms utilise des mélodies empruntées
à
des
musiciens hongrois ( Sarkozy, Mor Windt, Rizner). Les dix autres sont de
sa propre plume. Toutes étaient conçues pour piano à
quatre mains ; par la suite, il rédigea une version à
deux
mains des deux premiers cahiers et orchestra lui-même les n°l,
3 et 10.
Brahms
utilise dans ces Danses tous les éléments propres au style
tzigane: les « Csardas », les brusques changements de tempo,
les syncopes, les tierces langoureuses, les ornements de toutes sortes.
Mais il sait éviter le côté vulgaire de cette musique
et la virtuosité pure et retrouver son caractère expressif
où alternent nostalgie et franche gdité.