CONCERT DU 17 AOÛT 2002
EGLISE DE CHATELOY

QUATUOR A CORDES « SINE NOMINE Lausanne »

Patrick Genet et François Gottraux, violons
Hans Egidi, alto
Marc Jaermann, violoncelle

LES ARTISTES

Le Quatuor « Sine Nomine Lausanne » a été fondé à Lausanne en 1982. En 1985, il remporta le Premier Grand Prix du Concours International d'Evian ainsi que le Prix du Jury de la Presse. En 1987, il fut à nouveau lauréat du premier concours Paolo Borciani à Reggio Emilia (Prix de la Presse).
- Un échantillon de ce concert ...
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Depuis lors, le Quatuor joue régulièrement dans les principales villes d'Europe et d'Amérique ( Wigmore Hall de Londres, Concertgebouw d'Amsterdam, Carnegie Hall de New-York, Conservatoire de Milan, Auditorio Nacional de Madrid, Tonhalle de Zürich, Alte Oper de Francfort, Gewandhaus de Leipzig....). A Paris, il s'est produit à l'Auditorium des Halles, au Théâtre du Châtelet, à l'Auditorium. du Musée du Louvre, à la Salle Gaveau.

Le Quatuor est aussi invité à participer aux grands festivals européens (Vevey-Montreux, Lucerne, Orangerie de Sceaux, la Roque d'Anthéron, Schleswig-Holstein, George Enesco à Bucarest).

En mai 2001 a eu lieu la première édition du Festival Sine Nomine à Lausanne festival consacré au quatuor à cordes.

Le répertoire du Quatuor Sine Nomine est extrêmement étendu : de Haydn, Beethoven, Brahms, Dvorak, à Webern et Dutilleux. Les artistes jouent aussi les grands quintettes avec des solistes tels que Michel Portal et Pascal Moragues (clarinette), Maurice Bourgue (hautbois), Jean- Bernard Pommier, Jean-François Heisser, Philippe Bianconi (piano), Vincent Pasquier (contrebasse), et les octuors, avec le Quatuor Manfred.

Sa discographie comporte de nombreux enregistrements distingués par la critique chez Erato, Cascavelle, Claves.

Des années de travail en commun permettent aux quatre musiciens de réaliser une cohésion totale. Ils respirent d'un même souffle, ont la même force expressive. Chacun garde pourtant sa personnalité, avec la beauté sonore, la délicatesse et la précision de son jeu.

  LE PROGRAMME

Juan Crisostomo de ARRIAGA ( 1806 - 1826 ): Quatuor n2 en la majeur.

J.-C. de Arriaga , né à Bilbao, fit preuve d'une étonnante précocité, composant plusieurs oeuvres sérieuses et un opéra dès l'âge de treize ans. Quand il eut quinze ans, son père, grand amateur de musique, l'envoya à Paris parfaire son éducation musicale. Fétis, son professeur d'harmonie au Conservatoire, le dépeint ainsi: « Ses progrès tinrent du prodige ; moins de trois mois lui suffirent pour acquérir une connaissance parfaite de l'harmonie ; et au bout de deux années, il n'était aucune difficulté du contrepoint et de la fugue dont il ne jouât... les progrès de ce jeune artiste dans l'art de jouer du violon ne furent pas moins rapides: la nature l'avait organisé pour faire bien tout ce qui est du domaine de la musique ». Malheureusement, la tuberculose le faucha dans sa vingtième année. Il avait déjà composé un grand nombre d'oeuvres tant en musique symphonique qu'en musique sacrée, lyrico-dramatique ou musique de chambre.

Ce domaine est dominé par trois quatuors à cordes réunis dans un livre qui date de 1824. Ils respectent l'ordonnance traditionnelle en quatre mouvements et témoignent d'une parfaite maîtrise des formes et de l'écriture. Le style - que l'on peut qualifier de classique - s'apparente à celui de Haydn et Boccherini.


1er Mouvement, Allegro con brio. Pendant tout ce mouvement, un staccato obsédant soutient, dans le grave, au medium ou à l'aigu, les lignes mélodiques claires et simples chantées par le violon ou le violoncelle: un premier thème vif et gai, le second plus lyrique. La structure est classique : après l'exposition, un développement où domine la vivacité du premier thème et après la réexposition - une coda très agitée.
2ème  Mouvement, Andante con variazioni. Le thème simple et charmant est exposé par le violon. Il est suivi de six Variations : la 1ère : très ornée, admirable d'ingéniosité. La 2ème en notes répétées par le 2d violon. La 3ème: en mineur. La 4ème: en pizzicato. Dans la 5ème: les quatre instruments se poursuivent en « fugato ». La 6ème variation, chant grave et expressif du violoncelle,conclut le mouvement.
Le 3ème Mouvement, Menuetto, Scherzodanse sur un joyeux rythme de Menuet, interrompu par le chant poétique du Trio central.
Finale : Andante, Allegro. Deux éléments sont exposés: un Andante mystérieux, puis un Allegro sur un rythme de danse. Après une reprise des deux thèmes, c'est l'Allegro qui est développé, coupé d'arrêts brusques et de silences, suivi d'un passage expressif.  Le retour du rythme de danse conclut le morceau.

Antonin DVORAK (1841-1904) : « Les Cyprès » pour quatuor à cordes, B 152 - Extraits

« Les Cyprès » est le titre que donna le jeune Dvorak, en 1865, à un cycle de 18 mélodies composées sur des poèmes de Gustav Pfleger-Morawsky. Elles étaient inspirées par un amour de jeunesse pour Josefina Cermakova dont il épousa finalement la soeur Anna. Naïves et parfois maladroites, ces oeuvres ne furent jamais publiées. Une vingtaine d'années plus tard, Dvorak en remania quatre, parues sous le titre « Quatre Mélodies », puis huit en 1889, sous le titre « Chansons d'amour ». Il transcrivit pour quatuor à cordes ces douze morceaux sous le titre un peu maladroit de « Echo des romances ». Puis cinq d'entre eux furent exécutés en 1888 sous le titre « Chants du soir ». Le nom de « Cyprès » fut repris lors de l'édition de 1921 à l'initiative de son gendre Josef Suk.
Dvorak conserve fidèlement dans ces quatuors le caractère vocal primitif, Ces pièces courtes aux mélodies simples sont très romantiques. Toujours inspirées par le texte de la mélodie originale, elles expriment tantôt le rêve, tantôt la passion.
Quatuor n°l - Moderato - « Je sais que sur la foi de mon amour pour toi ».
Quatuor n°2 - Allegro ma non troppo - « L'idée de mort règne en plus d'un coeur humain ».
Quatuor n°3 -Andante con moto - « Sous le doux empire de tes yeux ».
Quatuor n°12 -Allegro animato - « Tu me demandes pourquoi mes chants sont si ardents ».

ENTRACTE

Ludwig van BEETHOVEN (1770-1827): Quatuor n°7, Op. 59 n°l, en fa majeur.

C'est le premier des trois "Quatuors Razumowski". Le Comte Razumowski, ambassadeur de Russie à Vienne, était l'un des mécènes les plus influents de la ville. Fils d'un chanteur à la cour de Russie qui avait été anobli par l'Impératrice, il avait une solide formation musicale. En 1805, il noua des relations amicales avec Beethoven et lui commanda trois Quatuors à cordes.


En 1806, les troupes de Napoléon occupent Vienne. Le 10 avril le premier opéra de Beethoven, « Leonor », connaît un échec total. Ces deux contrariétés, loin de l'abattre, provoquent chez le musicien un redoublement d'activité créatrice. Dès le 26 mai, il commence la composition des trois Quatuors Razumowski. Il n'en avait plus écrit depuis sept ans. Le Quatuor à cordes tient une place particulière dans son oeuvre : il s'y est attaqué à trois reprises différentes - on pourrait presque dire au cours de trois crises - choisissant cette forme pour se remettre en face de lui-même. Dans un premier temps, il voulut assumer l'héritage de Haydn et Mozart. Puis il chercha à dépasser les moyens acquis et les conventions: dans les Quatuors Razumowski, il rompt avec le style classique. La densité sonore, l'ampleur des mouvements en font des oeuvres destinées au concert plus qu'à l'intimité d'un salon. La succession des mouvements et leur structure modifient les traditions du genre.
Le premier Quatuor comporte bien quatre Mouvements, Mais chacun d'eux présente une originalité qui déconcerta à la fois les exécutants et les auditeurs, pour qui cette oeuvre était « une mauvaise farce de toqué, une musique de fou », à quoi Beethoven répondit: « Ce n'est pas pour vous, c'est pour le temps à venir ». Et quand le violoniste Schuppanzigh se plaignait des difficultés d'exécution, Beethoven rétorquait: « Croyez-vous que je pense à vos misérables cordes quand l'esprit me parle? ».
1er Mouvement, Allegro. Il comporte un développement si long qu'il n'était pas nécessaire d'y ajouter la traditionnelle réexposition. Le premier thème mystérieux et plein d'émotion est d'abord confié au violoncelle, puis au ler violon. Des batteries régulières du second violon et de l'alto accentuent ce caractère de mystère. Le second thème est une mélodie très pure du violon, qui s'exalte puis s'adoucit. Quatre accords « forte » achèvent cette exposition. Alors commence un gigantesque développement qui, jusqu'à la fin, amplifiera, réinventera, modifiera ces deux phrases dans une densité sonore quasi orchestrale.
Le 2ème  Mouvement qui, devrait être un Andante, est ici un Allegretto vivace e semprescherzando. il tient du Scherzo quant à son caractère mais non dans ses dimensions inhabituelles. Il est dominé par l'omniprésence d'une formule rythmique constituée par une seule note répétée 15 fois : c'est ce motif qui provoqua l'éclat de rire des musiciens du Quatuor Schuppanzigh. Deux éléments s'opposent: une phrase « scherzando », en notes piquées, pleine d'humour, dont Schumann disait: « Beethoven trouve ses motifs dans là rue, mais il en fait les plus belles paroles du monde ». Puis une sorte de «lied» très expressif.  Dans un long développement, ils vont alterner sous les aspects les plus variés, passant de la plaisanterie à un lyrisme passionné ou mystérieux.
Contraste absolu: le 3ème Mouvement, Adagio molto e meste, dans un chant superbe, poignant de tristesse, exprime une douleur profonde. En marge de ce morceau, Beethoven avait écrit: « Un saule pleureur ou un acacia sur la tombe de mon frère »( de quel frère s' agit-il ? peut-être un frère en maçonnerie ?). Une longue mélodie douloureuse est chantée par le violon, puis le violoncelle. Une autre phrase, d'une tristesse plus apaisée est exprimée par le violoncelle sous l'accompagnement du violon. De petites notes appogiaturées semblent évoquer de brèves lamentations.

Insensiblement le climat change: une lumière apparaît, une douce mélodie annonce la transition vers l'Allegro final. Un long trait du premier violon, suivi d'un trille, introduit une sorte de danse populaire : c'est le « thème russe » qui fut - semble-t-il - proposé à Beethoven par Razumovski. En dépit d'un intermède plus pondéré qui essaie de calmer le jeu, la ritournelle bondissante, reprise sans répit dans tous les registres, projetée d'un instrument sur l'autre, mène la danse jusqu'à ce qui semble être la fin: deux points d'orgue. Là commence une grande « coda » : le thème russe passe d'abord calmement en imitation d'un instrument à l'autre, puis il s'exaspère et reprend le rythmie, curieusement interrompu par un Adagio en style choral. Il repart ensuite dans un court Presto et le morceau s'achève en apothéose.

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