EGLISE DE CHATELOY
RECITAL DE PIANO: CEDRIC TIBERGHIEN
L'ARTISTE
Après un
ler Prix et un 3ème Cycle au Conservatoire National Supérieur de Paris,
Cedric Tiberghien participa à plusieurs Concours ( Bremen, Dublin, Tel
Aviv, Genève, Milan ). En décembre 1998, il remporta le ler Prix du Concours
Marguerite Long, ainsi que 5 prix spéciaux, dont le prix du public et le
prix de l'orchestre.
Depuis, il
se produit, entre autres, au Festival d'Antibes, de la Roque d'Anthéron,
à Paris (salle Pleyel, Théâtre du Châtelet, Radio-France), au Musikverein
de Vienne, au Concertgebouw d'Amsterdam, au Japon, aux Etats-Unis, en Allemagne,
Italie, Canada, Pologne, Suisse, Chine, Mexique... Il a fait ses débuts
à New-York, à Carnegie Hall, en novembre 2000.
Il joue
souvent avec orchestre, ayant plus de 30 concertos à son répertoire, tant
en France qu'à l'étranger : Orchestre National de France, Orchestre Philharmonique
de Radio France, Ensemble Orchestral de Paris, Orchestre National de Lille,
de Toulouse , Israël Chamber Orchestra, Orchestre de la Suisse Romande,
Orchestra Philarmonia di Roma, Tokyo Philharmonic Orchestra, sous la direction
de chefs tels que Yutaka Sado, John Nelson, JeanClaude Casadesus, Michel
Plasson, Stefan Sanderling.
Il a effectué
de nombreux enregistrements pour la radio en France, en Allemagne ou en
Pologne. Il a éga!ement enregistré plusieurs disques, son premier consacre
à Debussy pour Harmonia Mundi, fut acclamé par la presse.
LE PROGRAMME
Félix
MENDELSSOHN (1809-1847)
Félix Mendelssohn
était exactement contemporain de Chopin et de Schumann. Précocement doué
pour la musique ( ses premières compositions datent de 1820), il a abordé
tous les genres de composition et le piano fut pour lui un instrument parmi
d'autres. Il fut cependant un pianiste admirable, fêté dans toute l'Europe
pour ses interprétations de Bach (qu'il fit découvrir à ses contemporains),
de Mozart et de Beethoven. « Pour moi, c'est le plus merveilleux des pianistes
» disait Clara Schumann. Il écrivit assez peu pour le piano, mais enrichit
la littérature pianistique d'une forme originale, la « Romance sans paroles
», transposition au piano du lied allemand, de sa poésie intime et délicate.
Sorte d'aquarelle musicale, la Romance sans parole s'oppose aux grands
développements de la Sonate. Elle se limite à un motif unique, une mélodie
« qui chante » soutenue par diverses figures d'accompagnement. La Romance
sans parole se tient à l'écart de tout « programme ». Les titres donnés
à quelques-unes de ces pages sont dépourvues de toute authenticité,
Feuillet
d'album Op. 117 en mi mineur.
Ce "Feuillet
d'album" composé en 1837 ne fut édité qu'après la mort du compositeur.
Il s'apparente au genre de la Romance sans paroles, construit comme un
lied, en trois parties ABA. Le chant très expressif de la main droite s'appuie
sur une basses sombre dans la 1ère et la 3ème parties, encadrant la mélodie
claire de lapartie centrale.
Romances
sans paroles.
Maurice
RAVEL (1875 - 1937): Gaspard de la Nuit : Ondine, Le gibet, Scarbo
Ravel écrivit
« Gaspard de la Nuit » pendant la période la plus féconde de sa carrière:
1905 à 1908.
Mendelssohn
composa 50 Romances sans paroles, entre 1828 et 1845. Six Livres furent
publiés de son vivant, deux, édités en 1851 et 1868, renferment des Romances
retrouvées dans ses papiers après sa mort.
Les Six
premières, constituant le Premier Livre, Opus 19, furent d'abord
publiées à Londres en 1832 sous le titre « Original Melodies for the Pianoforte
» et l'année suivante chez l'éditeur allemand Simrock sous le titre « Lieder
ohne Worte » (« Chants sans paroles »). En France elles prirent le titre
« Romances sans paroles ». En Angleterre, elles restèrent « Original Melodies
» ; ce n'est qu'après la mort du compositeur que s'imposa la traduction
« Songs without words ».
Romance
n°2 en la mineur. La belle mélodie très simple chantée à la main droite
se déroule sur les notes égales et régulières de la basse, qui s'assombrissent
peu à peu vers la fin.
Romance
n°3 en la majeur. On a donné à cette pièce célèbre le nom de « Chant
du chasseur »: les sonneries éclatantes évoquent les fanfares, alors que
le rythme et le mouvement rapide rappellent le galop du cheval.
Fantaisie
Op. 28 en fa dièze mineur.
En 1830,
Mendelssohn jouait une première version de cette oeuvre qu'il appelait
"Sonate écossaise" en souvenir de ses vacances en Ecosse en 1829. Revue
en 1833, elle prend alors le nom de « Fantaisie » car elle tient plus de
l'improvisation que de la Sonate.
Le 1er
Mouvement, Andante, est introduit par un motif impétueux. Il est suivi
d'un Andante sentimental, avec lequel il va alterner tout au long du morceau.
Après
un Second Mouvement très court, le Finale, Presto, explose
en un mouvement perpétuel exubérant, d'une virtuosité éblouissante.
- Extrait du concert ...
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Ondine.
« Ecoute
Ecoute C'est moi, c'est Ondine qui frôle de ces gouttes d'eau les losanges
sonores de ta fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune; et voici
en robe de moire, la dame châtelaine qui contemple à son balcon la belle
nuit étoilée et le beau lac endormi. Chaque flot est un ondin qui nage
dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais,
et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu,
de la terre et de l'air. Ecoute ! - Ecoute ! - Mon père bat l'eau coassante
d'une branche d'aulne verte, et mes soeurs caressent de leurs bras d'écume
les fraîches îles d'herbes, de nénuphars et de glaïeuls, ou se moquent
du saule caduc et barbu qui pêche à la ligne ». Sa chanson murmurée, elle
me supplia de recevoir son anneau à mon doigt pour être l'époux d'une Ondine,
et de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs. Et comme
je lui
répondais
que j'aimais une mortelle, boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes,
poussa un éclat de rire et s'évanouit en giboulées qui ruisselèrent blanches
le long de mes vitraux bleus. »
Noyée
dans une merveilleuse fluidité, une mélodie expressive évoque le ruissellement
des flots. L'Ondine chante tendrement, puis elle insiste en un crescendo
qui devient passionné dans le grondement des basses. Le decrescendo fait
place à quelques note égrenées, tristes, vite suivies d'un éclat de rire.
Et la vision disparaît en « giboulées d'arpèges ».
Le gibet.
« Ah !
Ce que j'entends, serait-ce la brise nocturne qui glapit, ou le pendu qui
pousse un soupir sur la fourche patibulaire ? Serait-ce quelque grillon
qui chante, tapi dans la mousse et le lierre stérile dont par pitié se
chausse le bois ? Serait-ce quelque mouche en chasse sonnant du cor autour
de ces oreilles sourdes à la fanfare des Hallalis ? Serait-ce quelque escarbot
qui cueille en son vol inégal un cheveu sanglant à son crâne chauve ? Ou
bien serait-ce quelque araignée qui brode une demi-aune de mousseline pour
cravate à ce col étranglé ? C'est la cloche qui tinte aux murs d'une ville,
sous l'horizon, et la carcasse d'un pendu que rougit le soleil couchant.
»
Cinquante-deux
mesures construites lentement, « sans presser ni ralentir jusqu'à la fin
» (indications de Ravel), autour d'une obsédante note pivot qui retentit
cent cinquante trois fois. Deux atmosphères se superposent: celle d'un
glas lugubre et celle de la plainte désespéré du pendu, chant hagard et
désolé. Ces deux états sonores qui s'enchevêtrent en harmonies dissonantes
dans une nuance pianissimo créent une vision d'effroi.
Scarbo
« Oh !
Que de fois je l'ai entendu et vu, Scarbo, lorsqu'à minuit la lune brille
dans le ciel comme un écu d'argent sur une bannière d'azur semée d'abeilles
d'or! Que de fois j"ai entendu bourdonner son rire dans l'ombre de mon
alcôve, et grincer son ongle sur la soie des courtines de mon lit! Que
de fois je l'ai vu descendre du plancher, pirouetter sur un pied et rouler
par la chambre comme le fuseau tombé de la quenouille d'une sorcière !
Le croyais-je alors endormi ? Le nain grandissait entre la lune et moi,
comme le clocher d'une cathédrale gothique, un grelot d'or en branle à
son bonnet pointu! Mais bientôt son corps bleuissait, diaphane comme la
cire d'une bougie, son visage blémissait comme la cire d'un lumignon, et
soudain il s'éteignait. »
Cette
troisième image commence par une mystérieuse improvisation où se dessinent
deux éléments: un trémolo de notes rageusement répétées qui va devenir
le bourdonnement sardonique soutenant tout le morceau, et trois notes ascendantes
que l'on entendra tantôt dans le haut tantôt au grave. Après cette courte
introduction, le scherzo s'élance sur un rythme disloqué: succession de
dissonances, sonorités âpres et crissantes, cahots du rythme évoquent les
soubresauts du nain et la vision cauchemardesque. Dans les dernières mesures,
l'apparition s'évanouit, tout se dissipe, le mauvais rêve est fini.
ENTRACTE
Jean-Sébastien BACH:
Partita n°4 en ré majeur - BWV 828
Les musiciens
du 17ème et du 18ème siècle se sont inspirés de danses populaires ou «de
salon » pour composer des pièces instrumentales qui en évoquent les rythmes
et les images. Ces danses étaient groupées en Suites, d'une tonalité unique.
J.-S.
Bach utilisa cette forme et composa trois recueils de « Suites » pour clavecin:
les Suites françaises procédant des danses populaires, les Suites anglaises
évoquant les danses de Cour et tendant vers un art plus abstrait et les
Suites allemandes ou Partitas, où les mouvements ne conservent de la danse
que le titre : ce sont des pièces de musique pure.
La série
des six Partitas fut publiée à Leipzig par Bach lui-même, entre 1726 et
1731 à raison d'une Suite chaque année. La collection parut ensuite intégralement
en 1731 portant ce titre: « Clavier- Übung (exercices pour le clavier)
se composant de Préludes, Allemandes, Courantes, Sarabandes, Gigues, Menuets
et autres Galanteries ; composé pour la récréation de l'esprit des Amateurs
par Johann Sebastian Bach, Maître de chapelle en titre du Prince de Saxe-Weissenfels
et Directeur de la Musique de Leipzig. Opus I édité par l'Auteur. 1731
». Cette série reçut un accueil admiratif: « Cette publication fit grand
bruit dans le monde musical : on n'avait guère vu ni entendu jusqu'alors
d'aussi excellentes compositions pour le clavecin ».
Chaque
Partita comporte 7 mouvements (sauf la 2ème qui n'en a que six). Chacune
débute par un vaste morceau d'introduction. La succession des 4 danses
traditionnelles de la Suite est respectée: Allemande, Courante, Sarabande,
Gigue. Mais Bach y mêle des mouvements qu'il appelle « Galanteries », ne
portant pas toujours des noms de danse. Tous ces mouvements se composent
de deux parties.
La Partita
n'4 est écrite en ré majeur, ce qui est, pour Bach, synonyme d'allégresse
et d'éclat. L'introduction est ici une Ouverture qui a les caractéristiques
de l'Ouverture à la française: 1ère partie : «Grave» au rythme solennel
; 2ème partie en style fugué. Il n'y a pas de reprise du « Grave ».
Allemande.
D'une
écriture très riche, les deux voix de la main gauche servent de basse au
dessin très orné de la main droite. Elle commence dans le calme puis devient
de plus en plus animée et rapide.
Courante.
D'origine
française ou italienne, c'était une danse de cour très en vogue sous Louis
XIV. Bach l'a écrite dans le style français, très gracieux, à trois temps.
Aria
: C'est la première « Galanterie » introduite dans cette Suite, sur
un thème syncopé.
Sarabande.
Cette
danse lente et grave, d'origine espagnole, fut introduite dans les Cours
françaises au XVIème siècle, puis dans les Suites et Sonates instrumentales
dans toute l'époque baroque. Ici, elle apparaît plus comme un air que comme
une danse.
Menuet
: seconde « Galanterie » de cette 4ème Partita. D'origine française,
le Menuet apparut officiellement à la Cour de Louis XIV avec Lully. Il
s'intégra dans les Suites instrumentales en France, puis dans toute l'Europe.
Ce fut ensuite la seule danse reprise dans les genres nouveaux (Sonates,
Quatuors, Symphonies), tenant lieu généralement de troisième mouvement.
Gigue.
D'origine anglaise ou irlandaise, c'est très fréquemment la pièce finale
de la Suite instrumentale. Ici, ce n'est plus une pièce à danser, mais
une oeuvre éblouissante par la complexité des rythmes et de la polyphonie:
un feu d'artifice.