CONCERT du 4 AOÛT 2002

EGLISE DE CHATELOY

RECITAL DE PIANO: CEDRIC TIBERGHIEN

L'ARTISTE

Après un ler Prix et un 3ème Cycle au Conservatoire National Supérieur de Paris, Cedric Tiberghien participa à plusieurs Concours ( Bremen, Dublin, Tel Aviv, Genève, Milan ). En décembre 1998, il remporta le ler Prix du Concours Marguerite Long, ainsi que 5 prix spéciaux, dont le prix du public et le prix de l'orchestre.
Depuis, il se produit, entre autres, au Festival d'Antibes, de la Roque d'Anthéron, à Paris (salle Pleyel, Théâtre du Châtelet, Radio-France), au Musikverein de Vienne, au Concertgebouw d'Amsterdam, au Japon, aux Etats-Unis, en Allemagne, Italie, Canada, Pologne, Suisse, Chine, Mexique... Il a fait ses débuts à New-York, à Carnegie Hall, en novembre 2000.
Il joue souvent avec orchestre, ayant plus de 30 concertos à son répertoire, tant en France qu'à l'étranger : Orchestre National de France, Orchestre Philharmonique de Radio France, Ensemble Orchestral de Paris, Orchestre National de Lille, de Toulouse , Israël Chamber Orchestra, Orchestre de la Suisse Romande, Orchestra Philarmonia di Roma, Tokyo Philharmonic Orchestra, sous la direction de chefs tels que Yutaka Sado, John Nelson, JeanClaude Casadesus, Michel Plasson, Stefan Sanderling.
Il a effectué de nombreux enregistrements pour la radio en France, en Allemagne ou en Pologne. Il a éga!ement enregistré plusieurs disques, son premier consacre à Debussy pour Harmonia Mundi, fut acclamé par la presse.

LE PROGRAMME

Félix MENDELSSOHN (1809-1847)

Félix Mendelssohn était exactement contemporain de Chopin et de Schumann. Précocement doué pour la musique ( ses premières compositions datent de 1820), il a abordé tous les genres de composition et le piano fut pour lui un instrument parmi d'autres. Il fut cependant un pianiste admirable, fêté dans toute l'Europe pour ses interprétations de Bach (qu'il fit découvrir à ses contemporains), de Mozart et de Beethoven. « Pour moi, c'est le plus merveilleux des pianistes » disait Clara Schumann. Il écrivit assez peu pour le piano, mais enrichit la littérature pianistique d'une forme originale, la « Romance sans paroles », transposition au piano du lied allemand, de sa poésie intime et délicate. Sorte d'aquarelle musicale, la Romance sans parole s'oppose aux grands développements de la Sonate. Elle se limite à un motif unique, une mélodie « qui chante » soutenue par diverses figures d'accompagnement. La Romance sans parole se tient à l'écart de tout « programme ». Les titres donnés à quelques-unes de ces pages sont dépourvues de toute authenticité,

Feuillet d'album Op. 117 en mi mineur.

Ce "Feuillet d'album" composé en 1837 ne fut édité qu'après la mort du compositeur. Il s'apparente au genre de la Romance sans paroles, construit comme un lied, en trois parties ABA. Le chant très expressif de la main droite s'appuie sur une basses sombre dans la 1ère et la 3ème parties, encadrant la mélodie claire de lapartie centrale.

Romances sans paroles.
Mendelssohn composa 50 Romances sans paroles, entre 1828 et 1845. Six Livres furent publiés de son vivant, deux, édités en 1851 et 1868, renferment des Romances retrouvées dans ses papiers après sa mort.

Les Six premières, constituant le Premier Livre, Opus 19, furent d'abord publiées à Londres en 1832 sous le titre « Original Melodies for the Pianoforte » et l'année suivante chez l'éditeur allemand Simrock sous le titre « Lieder ohne Worte » (« Chants sans paroles »). En France elles prirent le titre « Romances sans paroles ». En Angleterre, elles restèrent « Original Melodies » ; ce n'est qu'après la mort du compositeur que s'imposa la traduction « Songs without words ».
Romance n°2 en la mineur. La belle mélodie très simple chantée à la main droite se déroule sur les notes égales et régulières de la basse, qui s'assombrissent peu à peu vers la fin.
Romance n°3 en la majeur. On a donné à cette pièce célèbre le nom de « Chant du chasseur »: les sonneries éclatantes évoquent les fanfares, alors que le rythme et le mouvement rapide rappellent le galop du cheval.
Fantaisie Op. 28 en fa dièze mineur.
En 1830, Mendelssohn jouait une première version de cette oeuvre qu'il appelait "Sonate écossaise" en souvenir de ses vacances en Ecosse en 1829. Revue en 1833, elle prend alors le nom de « Fantaisie » car elle tient plus de l'improvisation que de la Sonate.
Le 1er Mouvement, Andante, est introduit par un motif impétueux. Il est suivi d'un Andante sentimental, avec lequel il va alterner tout au long du morceau.
Après un Second Mouvement très court, le Finale, Presto, explose en un mouvement perpétuel exubérant, d'une virtuosité éblouissante.

Maurice RAVEL (1875 - 1937): Gaspard de la Nuit : Ondine, Le gibet, Scarbo

Ravel écrivit « Gaspard de la Nuit » pendant la période la plus féconde de sa carrière: 1905 à 1908.

- Extrait du concert ...
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Ce triptyque est unanimement tenu pour le sommet pianistique de son oeuvre et l'une des plus grandes pages de piano du 20ème siècle.

Il est inspiré par les poèmes en prose d'Aloysius Bertrand, écrivain romantique très étrange dont l'imagination créait des images fantastiques. Envoûté par la lecture de ces poèmes, Ravel décida d'illustrer trois d'entre eux. En regard de chaque morceau, il fit reproduire scrupuleusement le texte littéraire qui en était l'argument.
Dans ces images sonores, Ravel déploie une virtuosité transcendante. On dit qu'il voulait battre le record de la difficulté technique détenu jusqu'alors par « l'Islamey » de Balakirev. Cette prouesse technique est au service d'un jeu où les sonorités sont parfois denses, parfois délicates, les dessins mélodiques ciselés, les harmonies chatoyantes.

Ondine.
« Ecoute Ecoute C'est moi, c'est Ondine qui frôle de ces gouttes d'eau les losanges sonores de ta fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune; et voici en robe de moire, la dame châtelaine qui contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi. Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais, et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu, de la terre et de l'air. Ecoute ! - Ecoute ! - Mon père bat l'eau coassante d'une branche d'aulne verte, et mes soeurs caressent de leurs bras d'écume les fraîches îles d'herbes, de nénuphars et de glaïeuls, ou se moquent du saule caduc et barbu qui pêche à la ligne ». Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son anneau à mon doigt pour être l'époux d'une Ondine, et de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs. Et comme je lui
répondais que j'aimais une mortelle, boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa un éclat de rire et s'évanouit en giboulées qui ruisselèrent blanches le long de mes vitraux bleus. »
Noyée dans une merveilleuse fluidité, une mélodie expressive évoque le ruissellement des flots. L'Ondine chante tendrement, puis elle insiste en un crescendo qui devient passionné dans le grondement des basses. Le decrescendo fait place à quelques note égrenées, tristes, vite suivies d'un éclat de rire. Et la vision disparaît en « giboulées d'arpèges ».

Le gibet.
« Ah ! Ce que j'entends, serait-ce la brise nocturne qui glapit, ou le pendu qui pousse un soupir sur la fourche patibulaire ? Serait-ce quelque grillon qui chante, tapi dans la mousse et le lierre stérile dont par pitié se chausse le bois ? Serait-ce quelque mouche en chasse sonnant du cor autour de ces oreilles sourdes à la fanfare des Hallalis ? Serait-ce quelque escarbot qui cueille en son vol inégal un cheveu sanglant à son crâne chauve ? Ou bien serait-ce quelque araignée qui brode une demi-aune de mousseline pour cravate à ce col étranglé ? C'est la cloche qui tinte aux murs d'une ville, sous l'horizon, et la carcasse d'un pendu que rougit le soleil couchant. »
Cinquante-deux mesures construites lentement, « sans presser ni ralentir jusqu'à la fin » (indications de Ravel), autour d'une obsédante note pivot qui retentit cent cinquante trois fois. Deux atmosphères se superposent: celle d'un glas lugubre et celle de la plainte désespéré du pendu, chant hagard et désolé. Ces deux états sonores qui s'enchevêtrent en harmonies dissonantes dans une nuance pianissimo créent une vision d'effroi.

Scarbo
« Oh ! Que de fois je l'ai entendu et vu, Scarbo, lorsqu'à minuit la lune brille dans le ciel comme un écu d'argent sur une bannière d'azur semée d'abeilles d'or! Que de fois j"ai entendu bourdonner son rire dans l'ombre de mon alcôve, et grincer son ongle sur la soie des courtines de mon lit! Que de fois je l'ai vu descendre du plancher, pirouetter sur un pied et rouler par la chambre comme le fuseau tombé de la quenouille d'une sorcière ! Le croyais-je alors endormi ? Le nain grandissait entre la lune et moi, comme le clocher d'une cathédrale gothique, un grelot d'or en branle à son bonnet pointu! Mais bientôt son corps bleuissait, diaphane comme la cire d'une bougie, son visage blémissait comme la cire d'un lumignon, et soudain il s'éteignait. »
Cette troisième image commence par une mystérieuse improvisation où se dessinent deux éléments: un trémolo de notes rageusement répétées qui va devenir le bourdonnement sardonique soutenant tout le morceau, et trois notes ascendantes que l'on entendra tantôt dans le haut tantôt au grave. Après cette courte introduction, le scherzo s'élance sur un rythme disloqué: succession de dissonances, sonorités âpres et crissantes, cahots du rythme évoquent les soubresauts du nain et la vision cauchemardesque. Dans les dernières mesures, l'apparition s'évanouit, tout se dissipe, le mauvais rêve est fini.

ENTRACTE

Jean-Sébastien BACH:

Partita n°4 en ré majeur - BWV 828

Les musiciens du 17ème et du 18ème siècle se sont inspirés de danses populaires ou «de salon » pour composer des pièces instrumentales qui en évoquent les rythmes et les images. Ces danses étaient groupées en Suites, d'une tonalité unique.
J.-S. Bach utilisa cette forme et composa trois recueils de « Suites » pour clavecin: les Suites françaises procédant des danses populaires, les Suites anglaises évoquant les danses de Cour et tendant vers un art plus abstrait et les Suites allemandes ou Partitas, où les mouvements ne conservent de la danse que le titre : ce sont des pièces de musique pure.
La série des six Partitas fut publiée à Leipzig par Bach lui-même, entre 1726 et 1731 à raison d'une Suite chaque année. La collection parut ensuite intégralement en 1731 portant ce titre: « Clavier- Übung (exercices pour le clavier) se composant de Préludes, Allemandes, Courantes, Sarabandes, Gigues, Menuets et autres Galanteries ; composé pour la récréation de l'esprit des Amateurs par Johann Sebastian Bach, Maître de chapelle en titre du Prince de Saxe-Weissenfels et Directeur de la Musique de Leipzig. Opus I édité par l'Auteur. 1731 ». Cette série reçut un accueil admiratif: « Cette publication fit grand bruit dans le monde musical : on n'avait guère vu ni entendu jusqu'alors d'aussi excellentes compositions pour le clavecin ».
Chaque Partita comporte 7 mouvements (sauf la 2ème qui n'en a que six). Chacune débute par un vaste morceau d'introduction. La succession des 4 danses traditionnelles de la Suite est respectée: Allemande, Courante, Sarabande, Gigue. Mais Bach y mêle des mouvements qu'il appelle « Galanteries », ne portant pas toujours des noms de danse. Tous ces mouvements se composent de deux parties.

La Partita n'4 est écrite en ré majeur, ce qui est, pour Bach, synonyme d'allégresse et d'éclat. L'introduction est ici une Ouverture qui a les caractéristiques de l'Ouverture à la française: 1ère partie : «Grave» au rythme solennel ; 2ème partie en style fugué. Il n'y a pas de reprise du « Grave ».
Allemande. D'une écriture très riche, les deux voix de la main gauche servent de basse au dessin très orné de la main droite. Elle commence dans le calme puis devient de plus en plus animée et rapide.
Courante. D'origine française ou italienne, c'était une danse de cour très en vogue sous Louis XIV. Bach l'a écrite dans le style français, très gracieux, à trois temps.
Aria : C'est la première « Galanterie » introduite dans cette Suite, sur un thème syncopé.
Sarabande. Cette danse lente et grave, d'origine espagnole, fut introduite dans les Cours françaises au XVIème siècle, puis dans les Suites et Sonates instrumentales dans toute l'époque baroque. Ici, elle apparaît plus comme un air que comme une danse.
Menuet : seconde « Galanterie » de cette 4ème Partita. D'origine française, le Menuet apparut officiellement à la Cour de Louis XIV avec Lully. Il s'intégra dans les Suites instrumentales en France, puis dans toute l'Europe. Ce fut ensuite la seule danse reprise dans les genres nouveaux (Sonates, Quatuors, Symphonies), tenant lieu généralement de troisième mouvement.
Gigue. D'origine anglaise ou irlandaise, c'est très fréquemment la pièce finale de la Suite instrumentale. Ici, ce n'est plus une pièce à danser, mais une oeuvre éblouissante par la complexité des rythmes et de la polyphonie: un feu d'artifice.


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