LES MARQUES DES TACHERONS DANS
L'EGLISE SAINT-PIERRE DE CHATELOY



Le visiteur captivé par le riche décor peint ne porte guère attention aux signes lapidaires gravés dans la pierre. Ils sont le modeste témoignage du labeur des hommes qui ont construit cet édifice et établissent un lien avec un lointain passé mythique..

HISTORIQUE

L'origine de cette coutume remonte à 5000 ans avant notre ère, quand les Chinois pratiquaient le ieu des tiges d'achilée pour former des héxagrammes à des fins divinatoires. Six traits pleins ou brisés permettent d'obtenir 64 combinaisons différentes. Certains historiens supposent une source druidique, voire runîque. Avec certitude on veut affirmer l'apparition des signes sur un temple construit sur le rocher de Jérusalem par Salomon. L'étoile à six branches, emblême de la tribu de David, est un hexaaramme. L'étoile à cinq branches est un pentagramme aui figurait pour les Juifs les cinq livres de Moïse. Des signes lapidaires ont été relevés sur de nombreux monuments antiques. En Egypte sur les pyramides de Sakkarah et Chéops, en Grèce sur le théâtre de Salonique, mais aussi à Rome, à Pompéï, dans les arènes de Nîmes et sur le pont du Gard.

Cette tradition du marquage des pierres réapparaît au 12ème siècle du fait de l'essor considérable de l'architecture, dû à un extraordinaire élan de la foi. L'usage s'en est poursuivi de l'époque romane au 18ème siècle. Il convient de dîstinguer trois sortes de marques:
            - la marque du tâcheron
            - la marque de positionnement
            - le signe lapidaire, véritable signature
Le terme de tâcheron provient du mode de rémunération. Le tailleur fut pavé à la journée ou à la tâche, d'où tâcheron. Il travaillait 6 jours par semaine, 11 heures par jour en été et 10 heures en hiver, pendant 270 jours par an, les fêtes étant nombreuses.

Les marques dîtes de position se trouvent souvent sur le côté invisible, pris dans le mur. Le signe lapidaire correspond à la marque du maître, apposé sur les pierres maîtresses de l'architecture, les clés de voûte en particulier, et se présente généralement sous forme d'écu ou de blason.

La loqe, construction en planches élevée sur le chantier, jouait un rôle important. Elle servait aux ouvriers d'atelier. de réfectoire, d'abr, de lieu de repos et pour des réunions. Elle regroupait autour du maître d'oeuvre les sculpteurs et les tailleurs de pierre. Après 4 ou 5 années de compagnonnage, le tailleur se voyait attribuer par la Loge un signe qui lui était propre et qu'il gardait sa vie durant.
 
 



LA FORME DES SIGNES

Elle est très concrète: la croix et la crosse traduisent l'influence monastique, le compas, le niveau et l'équerre représentent les instruments de travail. le triangle, la spirale et le cercle des formes géométriques. Dans le graphisme des signes lapidaires on distingue deux groupes de symbolismes:

INVENTAIRE DES SIGNES LAPIDAIRES DANS L'EGLISE DE CHATELOY

Ils se trouvent principalement à droite de l'entrée, sur les colonnes qui séparent la nef du bas-côté nord, mais aussi à d'autres endroits. L'observation à l'oeil nu s'est limitée à une hauteur de deux mètres du sol, les parties supérieures restent à explorer.
Les figures le plus souvent reproduites sont l'étoile à cinq branches et la combinaison compas-équerre. Les lettres X simples ou doubles apparaissent également. D'autres dessins peu lisibles sont difficiles à identifier. De petites dimensions dans l'ensemble, une seule marque, située au dessus du puits comblé, tranche par sa grande taille. Sa facture différente fait penser à une pierre de remploi. Il est intéressant de noter que l'étoile à 5 branches, tout comme le X et le motif compas-équerre sont pareillement présents dans la partie romane de la cathédrale de Strasbourg.
C'est dans le choeur, côté droit, sous la fresque de Saint-Antoine, que l'on découvre des pierres gravées de traits horizontaux et verticaux. Signes de position ou mesures du travail accompli? Dans l'interprétation des signes, la prudence s'impose.
Ce relevé provisoire n'a rien d'exhaustif et les visiteurs de l'église sont invités à signaler leurs découvertes, afin de compléter cette étude.

Fait à Châteloy   -  mars 2003                                        I.CACHEUX

ESSAI D'IDENTIFICATION DES ARMOIRIES PRESENTES

DANS L'EGLISE DE CHATELOY.

L'observation répétée et attentive des armoiries peintes dans l'église de CHATELOY m'a amenée à m'intéresser aux lois de l'héraldique et à leur application en ce lieu. Il en résulte le chapitre 1, consacré aux particularités de cette science, et le chapitre Il qui est un essai d'interprétation des emblèmes recensés.

1. LES ARMOIRIES - NOTIONS GENERALES

ORIGINE: Pendant longtemps on a pensé que les armoiries en Europe se rattachaient à l'Orient, à l'antiquité romaine ou aux invasions barbares. Ces théories ont été abandonnée, car on sait maintenant qu'elles sont nées au 12ème siècle, sur les champs de bataille pour permettre l'identification des chevaliers, rendus méconnaissables par leur casque et leur armure.

SUPPORT: C'est d'abord sur les boucliers, de formes diverses et les bannières que l'on présente des figures servant à reconnaître le chevalier et à impressionner l'ennemi. Par la suite, tout peut devenir support d'un blason. A noter que les armoiries ne sont pas l'apanage de la noblesse. Chaque individu est libre d'adopter les armoiries de son choix, à condition de ne pas usurper celles d'autrui.

L'HERALDIQUE: C'est à la fois un code, un système de signes, un langage et une syntaxe particulière. Professionnels de la guerre et des tournois, les hérauts d'armes ont édicté les règles pour la composition des armoiries. Leur mission était de porter des messages, de déclarer les guerres et d'annoncer les tournois. Ils ont aussi codifié un vocabulaire spécifique, réservé aux initiés. Certains termes sont même employés dans un sens contraire à leur signification d'origine. Deux exemples: "sable" désigne la couleur noire et ne rappelle en rien la matière de référence et "Sinople", dévolu à la couleur verte, provient de la terre de Sinop, qui, elle, est rouge.

LA COMPOSITION: Elle comprend deux éléments: la couleur et les figures. Le nombre des couleurs est limité à six: or (jaune), argent (blanc), gueules (rouge), sable (noir), azur (bleu), et sinople (vert). Tout peut devenir figure de blason: animal, végétal ou objet. Par exemple à notre époque, un avion pour un aéroport ou une paire de skis pour une station de sports d'hiver. Au 12ème siècle le répertoire comprend une vingtaine de figures. Le vaste bestiaire compte: le lion, l'aigle, le cerf, le sanglier, l'ours et le loup. Parmi les oiseaux, outre l'aigle, on y trouve corbeaux, coqs, cygnes, canards, paons et perroquets. Cependant l'oiseau le plus fréquemment représenté est stylisé et porte le nom de "merlette". Il est de petite taille, toujours figuré de profil et généralement employé en plusieurs exemplaires dans le même écu. Il est représenté sans pattes, à partir du 13ème siècle, et sans bec, à partir du 15ème siècle.

LA LECTURE: Elle suit les phases de la fabrication du blason et commence donc par l'observation du fond et de la surface, avant l'examen et l'interprétation des figures. Celles-ci peuvent être "parlantes" quand elles se rapportent directement à un nom. Exemple: neuf merlettes figurent sur l'écu de Monsieur Chantemerle.
 

LIEU: Elles se trouvent essentiellement dans la chapelle des Villelume, avec un prolongement vers le clocher et la chapelle de la Vierge, sur un bandeau noir, appelé "litre funéraire".

MODELES DIFFERENTS:

        1- Celui des seigneurs du château de la Roche-Othon est "d'azur, semé de dix besants d'or ou d'argent, posés 4, 3, 2, 1 ". Il existe deux fois en entier et six fois à moitié.
        2- Par trois fois, les feuilles de laurier occupent un écu parti, c.à.d. partagé en deux verticalement et décrit ainsi: "D'or aux 21 feuilles de laurier de sinople, posées 6, 5, 5, 5".
        3- Egalement par trois fois, des perroquets figurent sur un écu parti qui est "D'or au chevron de gueules, accompagné de trois perroquets de sinople, posées 2 et 1 ". Trois blasons supplémentaires sont trop abîmés pour être interprétés.
        4- L'image du chevalier en tenue de tournoi.

IDENTIFICATION: La première démarche a consisté à dresser la liste des propriétaires du château de la Roche et de leurs épouses pour la période allant de 1300 à 1793, date de la vente du château au profit de la Nation, La chapelle remontant au 16ème siècle, seuls les occupants postérieurs sont à prendre en considération. Pour chaque nom, la citation a été cherchée dans "I'Armorial du Bourbonnais". La description des armes des Villelume correspond parfaitement aux blasons peints dans leur chapelle. Par contre les épouses Jeanne de Grivel-Grossauve et Anne d'Oradour ne sont pas mentionnées dans l'Armorial, pas plus que Anne de Boissayle. Les autres épouses n'ont ni feuille de laurier, ni perroquet à leur blason. Par contre, le blason figurant des perroquets a pu être identifié. Il appartenait a la famille De Bron. Le blason est reproduit dans l'Armorial du Bourbonnais par le Comte de Soultrait page 150, planche X.

Les de Bron furent seigneurs de Lormais, de la Liègue, de Pontlong, de Chivray, de la Glolière, de Bernay, de Champragon, de la Madeleine, de Lusnois, de la Charlerie, d'Augy, de Poncenat.

On les trouve en Forez, Berry et Bourbonnais. Les alliances citées sont: de la Souche, Mercier, de Murat, de Marcelanges.

LE CHEVALIER: En complément aux armoiries étudiées ci-dessus et situées dans le même espace, il existe trois représentations du chevalier en tenue de tournoi: son visage est caché par un heaume, la visière abaissée et la tête recouverte d'un cuir rouge, plongeant dans le dos pour protéger la nuque. Le cimier comporte des cornes ondulées, agrémentées de plumes qui décorent aussi le chaperon. Ces bois exotiques, au dessin stylisé, ressemblent à ceux de l'antilope ou du koudou, sous réserve que l'on puisse ultérieurement identifier l'animal qui a servi de modèle. En aucun cas il ne s'agit de bois de cerf et encore moins de "cornes du diable", comme la vox populi les a longtemps nommés.

Placés en vis-à-vis dans la chapelle des Villelume et près du clocher, deux de ces emblèmes sont exécutés assez sommairement, le troisième fournit davantage de détails. Si l'écu d'or est nu sur deux, il est partiellement envahi par des pastilles sur le troisième. Celles-ci sont plus nombreuses que les dix besants codifiés sur le blason du seigneur et débordent sur la tête, donnant l'impression qu'une poignée d'argent a été jetée sur l'image, Ce geste allégorique pourrait signifier l'appartenance du chevalier à l'Ordre de l'écu d'or.

Bien entendu, cette étude n'est pas exhaustive et tout complément d'information à ce sujet sera le bienvenu. Elle s'attache seulement à démontrer combien ces symboles sont parlants, éclairent l'histoire locale et font revivre une époque où l'empreinte et le pouvoir des seigneurs du château de la Roche-Othon étaient ominants.
 

BIBLIOGRAPHIE

Grégoire Camille (1921): Cahiers de la Société d'Emulation du Bourbonnais.
Pastoureau Michel (1996): Figures de l'héraldique. Gallimard Paris, 144 p.
Soultrait Comte de (1890): Armorial du Bourbonnais, Edition 1890.


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