CONCERT DU DIMANCHE 6 AOÛT 2000
EGLISE DE CHATELOY
SOLISTES DE L'ENSEMBLE BAROQUE DE LIMOGES
Violon:
Gilles COLLIARD
Basses
de viole: Christophe COIN, Vittorio GHIELMI
Flûtes:
Maria-Tecla ANDRE0TI, Catherine FLAMBARD
Hautbois:
Christian MOREAUX, Patrick BEAUGIRAUD
Clavecin:
Wilhem AUTEL
LES ARTISTES
L'E.B.L. - ENSEMBLE.BAROQUE DE LIMOGES - a été fondé en 1984. Depuis 1991, il est dirigé par le violoncelliste CHRISTOPHE COIN qui en a fait un outil de travail homogène, voué à la musique instrumentale et vocale des XVIIème et XVIIIème siècles.
Régulièrement invités par le Centre de musique baroque de Versailles, Christophe Coin et l'Ensemble participent aux journées consacrées aux compositeurs français. Dans leur répertoire, les musiques allemande, italienne, espagnole tiennent aussi une grande place, sans oublier Haydn et Mozart.
En 1995, l'Ensemble Baroque de Limoges a. obtenu la Victoire de la Musique Classique du meilleur ensemble instrumental pour l'enregistrement de l'intégrale des Cantates avec violoncelle piccolo de Jean-Sébastien Bach.
Il est aussi le lieu d'une réflexion sur la. pratique musicale, sur les instruments et sur les techniques de jeu. En décembre 1996, l'Ensemble a acquis le domaine de La Borie à Solignac (Haute-Vienne) et a entrepris sa restauration pour en faire un lieu de travail et un pôle de recherche et de formation musicale. Le Limousin renoue ainsi avec une tradition de recherche musicale vieille de mille ans, dans le droit fil de l'école de l'Abbaye de Saint-Martial.
CHRISTOPHE
COIN,
né en 1958, ler Prix de violoncelle au CNSM de Paris en 1974, s'est
perfectionné avec Nikolaus Harnoncourt à Vienne et avec Jordi Savall à
la Schola Cantorum de Bâle. En1984, il accompagne Rudolf Noureev
pour la création de son solo sur la 3ème Suite de Jean-Sébastien Bach.
La même année, il fonde le Quatuor Mosaïques et en 1991 il prend la direction
de l'Ensemble Baroque de Limoges.
En tant que soliste, il donne de nombreux concerts aux -côtés de grands artistes tels que Patrick Cohen, Ton Koopman, Wieland Kuijken, Gustav Leonhardt, Scout Ross ......
Il est l'invité - pour diriger ou comme soliste - de grandes grandes formations: Orchestre des Champs Elysées, Concertgebouw d'Amsterdam, Concentus musicus de Vienne ....
Chargé des cours de violoncelle baroque et de viole de gambe au CNSM de Paris et à la Schola Cantorum de Bâle, il participe tous les ans aux Académies internationales de Granada et d'Innsbruck.
"Musicien-chercheur",
Christophe Coin travaille avec l'Ensemble, aux côtés de musicologues,
luthiers et chercheurs, sur la facture et la technique des instruments
anciens en organisant régulièrement depuis 1992, en Limousin, des colloques
internationaux. Il est membre du Comité Scientifique du Musée de la Musique/Villette,
membre du Conseil d'Administration de l'Université de Limoges et Président
de la Société française de viole de gambe.
LE PROGRAMME
Le Baroque en rnusique est le style de l'époque' qui va de 1600 à 1750. De loisir de société, l'art musical est devenu un spectacle : naissance de l'opéra, naissance du "Virtuose", naissance aussi d'une musique instrumentale autonome grâce au perfectionnement des instruments. C'est le style des "formes qui s'envolent"; il inclut le goût de la virtuosité, de l'ornementation. Cette nouvelle musique va mélanger les techniques et les formes anciennes et modernes, au gré de l'inspiration du compositeur.
Elle apparait d'abord en Italie : premiers opéras dès 1600, "sonates à trois" et "sinfonie" dans la seconde moitié du XVIIème siècle. C'est aussi en Italie que le violon - jusque- là réservé aux danses paysannes - devient un instrument qui peut rivaliser avec la voix humaine, grâce à l'art de la lutherie (Ecole de Crémone).
Les autres pays d'Europe en seront influencés, mais chacun gardera sa personnalité et son style.
En France, c'est à la fin du XVIIème siècle que la musique de chambre italienne est jouée en concerts. La première "Sonate en trio" française fut composée par François Couperin en 1690.
Né en l668, organiste officiel de l'église St Gervais depuis l'âge de 17 ans, ce jeune musicien avait consacré ses premières oeuvres à son instrument. Mais le succès des Sonates à l'italienne - en particulier celles de Corelli - l'incita à composer une oeuvre dans cette forme. N'étant pas très sûr de lui, il la présenta comme celle d'un nouveau compositeur italien et la fit jouer parmi d'autre oeuvres dans un concert. Sa réusitte fut telle qu'il en écrivit cinq autres et dévoila sa supercherie.
. Corelli avait publié deux sortes de sonates : Sonates d'église dont les mouvements étaient libres et Sonates de chambre composée de plusieurs danses. Couperin choisit-la première, qui lui laissait plus de liberté et se différenciait de la Suite de danses adoptée par les clavecinistes. Ses sonates sont donc composés d'Airs qui s'enchaînent : graves de caractère religieux, fugatos très libres, avec parfois la reprise d'un thème d'un. mouvement à l'autre. Les tonalités sont variées, avec une prédilection pour le mineur - peut-être l'expression de sa nature mélancolique. Chaque sonate porte un titre, suggérant une image précise. Ses six premières sonates n'avaient pas été éditées lors de leur composition, entre1690 et 1710. Couperin les utilisa dans son oeuvre "Les Nations" publiée en 1726: 4 grands Concerts ou "Ordres" constitués chacun d'une Sonate à l'italienne et d'une Suite de danses à la manière française. Trois des Sonates faisaient partie des six "Sonates en trios" q'il avait composées dans ses débuts de compositeur de sonates.
La Sultane, utilisée dans le 4ème Ordre est une "Sonate en quatuor", pour deux dessus, deux basses de viole et basse continue. Son titre est inspiré par la vogue de l'Orientalisme qui régnait en France au début du XVIIème siècle. La maturité du style, la richesse de l'harmonisation laissent penser qu'elle fut écrite en 1710. Elle comporte cinq mouvements. Le ler, "Gravement", est d'une ampleur et d'une gravité exceptionnelles. L'épisode "'Gayement" qui suit est un Fugato nerveux et serré, basé sur la cellule initiale du ler mouvement. Puis dans un "Air" tendre, les basses répondent en mineur aux dessus en majeur, lumineux. Un second "Gravement" se fait presque implorant, par instants déchirant lorsqu'apparaît "Légèrement" suivi d'un final "Vivement" qui conclut dans une puissance allègre.
La Françoise, que Couperin place dans le ler Ordre des "Nations" est la première qu'il composa, sous un faux nom. Il l'avait alors appelée "La Pucelle". Huit mouvements se succèdent dans une tonalité unique, opposés deux à deux par leur rythme et leur tempo "Gravement" et "Vivement" ou "Gravement" et "Gayement". L'un est un "Air"gracieux. La conclusion en forme de gigue est écrite sur une basse très virtuose.
Entr'Acte
Jean-Sébastien
BACH - dont est célébré cette année le 250ème anniversaire de sa mort
représente l'aboutissement - peut-être le sommet - de l'époque baroque
en musique.
Il
a lu et entendu la musique de ses prédecesseurs et de ses contemporains
italiens, français et allemands. S'il puise chez les uns et les autres
formes et éléments d'écriture, il assimile leur apport dans une oeuvre
où s'imposent sa personnalité et son propre style.
Quel qu'en
soit le cadre, Bach écrit sa musique horizontalement : ce n'est pas une
voix qui parle, mais deux au moins - ou trois ou quatre - qui cheminent
en une polyphonie savante, se rencontrant de temps à autre en un accord
vertical. Ces voix chantent et se répondent, développant un thème ou une
mélodie qui porte la marque "Jean-Sébastien Bach", même s'ila été emprunté
à Vivaldi ou Pachelbel.
D'oeuvre
en oeuvre, d'année en année, Bach s'attache davantage à épurer son style
et perfectionner son écriture. Dans les dix dernières années de sa vie,
l'organisation des sons, leur enchaînement géométrique et symbolique prend
un intérêt de plus en plus évident.
Cet intérêt
se manifeste dès 1722, par le ler Volume du "Clavier bien tempéré".
Bach
y applique la théorie du "Tempérament égal" en écrivant 24 Préludes et
Fugues dans tous les tons et demi-tons de la gamme. C'est le point culminant
des recherches menées depuis la fin du XVIIème siècle. Le Second Volume,
en 1744, en est le prolongement.
En 1742,
dans les "Variations Goldberg", Bach se livre à une démonstration technique
et stylistique. Ecrites pour répondre à la demande du Comte von Keyserling,
elles furent exécutées par le claveciniste Johann Gottlieb Goldberg - d'où
leur nom. Le titre exact donné par Bach était: "Aria avec quelques variations
pour clavecin à deux claviers". C'était pour lui une satisfaction personnelle
que cette construction, à partir d'un thème de passacaille qui sert de
basse aux 30 Variations. En 1745, il a de nouveau utilisé cette phrase
pour construire un Canon à trois voix: c'est le Canon triplex
BWV 1087.
Ces oeuvres
ont été écrites pour le clavecin. L'Ensemble Baroque de Limoges les a transcrites
pour un ensemble d'instruments qui rend plus "lisible" (ou audible) le
cheminement des voix. A ce propos, GILLES CANTAGREL a écrit
"Le clavier
bien trompé":
"Bien
tempéré ou non, le clavier, toujours. A l'orgue, où le musicien porte vers
Dieu la "prière des hommes et commente pour eux les vérités éternelles.
Au clavecin, instrument du foyer "domestique, de l'étude, mais aussi confident
du l'intimité et lieu de toutes les recherches. C'est au clavier que le
musicien peut rendre compte du total sonore, maîtriser une polyphonie dans
un face-à-face solitaire avec les oeuvres. Mais au risque, pour ses auditeurs,
d'une certaine compacité monochrome. L'enchevêtrement des lignes et Findividualité
de chacune, dans leurs interrelations, l'interprète les domine pleinement,
mais certains des secrets de ces entrelacs risquent d'échapper à
l'auditeur. Aussi, comme Bach le fit si souvent et tant d'autres, proches
et élèves d'abord, puis fils, disciples et admirateurs, à commencer par
Mozart jusqu'à Webern et Stravinsky, peut-on lire sonates et inventions,
chorals ou préludes et fugues, en distribuant les rôles sonores du contrepoint
à divers instruments. A condition d'observer une absolue fidélité au texte,
cet art de la métamorphose en révèle alors de nouveaux visages dans des
couleurs différenciées et des dispositions de la matière sonore éclatée
dans l'espace. Perd-on de la densité qui confére à la musique de Bach quelque
chose de sa gravité et de sa sérénité, que l'on gagne en transparence du
discours et, en intelligibilité. Et en renouvelant assurément la connaissance
des oeuvres que l'on pensait posséder."
Dans les
Cantates, le langage polyphonique de Bach s'applique tant aux voix qu'aux
instruments. Dans les Choeurs fugués, chaque partie - vocale ou instrumentale
- évolue très librement - Dans les Airs, la voix dialogue toujours avec
un instrument soliste, sur une basse continue. On peut même considérer
qu'elle est traitée comme un simple instrument et Bach choisit avec infiniment
de tact le ou les instruments qui l'accompagnent. La couleur de l'orchestration
est aussi importante dans la "Sinfonia" d'ouverture, pour créer l'ambiance
propice aux paroles qui vont suivre.
Si Jean-Sébastien
Bach fut un architecte de la musique, il fut aussi un poète, utilisant
les volumes sonores et les lignes mélodiques pour exprimer les sentiments
les plus humains et les élever vers la beauté pure.