Ecoutez Jean-Louis HAGUENAUER, Armand ANGSTER et Walter GRIMMER dans l'ambiace du Festival de Châteloy.

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Cet article est paru dans "LA MONTAGNE" , édition Montluçon le 10Août 1999 

MUSIQUE EN BOURBONNAIS
 

Eglise comble et Public comblé

Non seulement le succès du festival de musique en Bourbonnais ne se tarit pas, mais au contraire n'a de cesse de croître. Tant mieux penseront les aficionados tandis que près de 400 personnes - soit 2 fois plus que la semaine dernière - se pressaient aux portes de l'église de Châteloy pour assister au concert du trio clarinette, piano, et violon initié par Jean-Louis Haguenauer, et proposé ce dimanche.

Le trio avec piano, apparu àl'ère classique, était initialement une oeuvre de musique de chambre (Mozart) au sens propre du terme, comprenez une musique d'intérieur, destinée à trois musiciens qui jouent ensemble par plaisir, chaque instrument ayant part égale. Avec les Romantiques, le trio deviendra une oeuvre de concert, où l'expression Iyrique l'emportera sur l'équilibre des voix, laissant tantôt un instrument dominer par sa mélodie tantôt un autre par sa virtuosité.

Le programme choisi par Jean-Louis Haguenauer (piano), Armand Angster (clarinette), et Walter Grimmer (violoncelle) fait une belle démonstration de cette évolution du trio. En effet ce concert consacré à Beethoven, Fauré, et Brahms a conduit les spectateurs au coeur de virevoltantes envolées où les trois instrumentistes avaient tout loisir de s'exprimer, pour revenir au calme ou tout simplement au silence, afin que chacun s'exprime sans pour autant rompre le charme de la mélodie, enfin des mélodies. C'est tout l'art de l'écriture pour trio qu'ont traduit ces brillants musiciens grâce au gênie de leurs compositeurs.

ON FERME LES YEUX

Entendre pour de vrai une oeuvre de Beethoven, c'est participer à une aventure humaine dont la conclusion peut être aussi bien abrupte ou indécise qu'apaisée ou triomphale. C'est vivre avec lui un épisode ou un aspect de l'itinéraire d'un individu qui nous atteint au coeur en ne cessant de nous parler de lui. De quel individu s'agit-il ? Nul ne saurait répondre. Peut-être est-ce celui qui sommeille en chacun de nous. En tous cas, les quelques dizaines d'yeux fermés de l'assistance, pour mieux encore savourer ce Trio interpréter l'op.11 en si majeur de Beethoven, semblaient esquisser une réponse...

L'église vibrait de toutes parts. Le dialogue de notes frissonnantes qu'offraient les trois musiciens, tantôt étourdissant, tantôt mélancoiique voire dramatiqque - n'oublions pas qu'à cette époque (1797-1798) tBeethoven commençait àressentir les premières douleurs d'oreille lui laissant présager une surdité qui allait bouleverser sa vie - laissa le public pantois.

A peine remis de ses émotions, Jean-Louis Haguenauer, Walter Grimmer, et Armand Angster enchaînaient avec le Trio op.120 en ré mineur de Fauré. Le public allait découvrir un autre univers plus limpide sans doute moins tourmenté mais somme toute fort séduisant.

TOUT EN RETENUE

Difficile de trouver les mots une fois encore pour exprimer l'émotion distiliée dans l'enceinte de l'église de Châteloy au son de cette musique d'une étrange familiarité qui s'insinue à l'oreille comme un ange discret, ange gardien de nos sentiments.

C'est dans une étonnante alchimie que ce Trio a su traduire l'oeuvre de Fauré. Une sorte d'agitation lancinante toujours organisée autour d'un même thème qui enrobe d'un voile soyeux le coeur déià amoureux de celui qui par faiblesse ou tout simplement par désir brise le mur par trop hermétique des habitudes de l'oreille. Car enfin même si cette oeuvre n'est peut-être pas forcément accessible au premier abord, comment saurait-on résister à cette espèce de retenue loin de la politesse, si proche de la sagesse. Retenue nourrie par une interprétation sensible, fidèle toujours à l'écoute qui témoigne de l'étroite complicité unissant ces trois musiciens hors pair, entièrement voués à l'oeuvre.

Ils achevèrent ce concert avec le Trio op.114, en la mineur de Brahms. Et oui, Brahms a touché à toutes les formes musicales, y compris le trio. A l'automne de sa vie, alors qu'il avait décidé de ne plus composer, il fit la connaissance d'un musicien exceptionnel, clarinettiste de cet orchestre de Meiningen qui l'avait tant aidé à mettre au point l'exécution de sa Quatrième Symphonie, Richard von Mhifed. C'est ainsi qu'il créa autour de l'été 1891, sous l'impulsion de cette rencontre, ce climat d'intimité où tout est dit en demi-teinte que sait si bien traduire ce compositeur. Et puis que dire, quand il est servi par des interprêtes de cette qualité, que les frissons sillonnent le corps, si ce n'est que l'on est pris au piège de la beauté.

"Merci" chuchotait une spectatrice...

J.T