
La pianiste Anne Queffélec a fait jouer ses doigts de fée sur l'ébène et l'ivoire de son Steinway et offert au public le l'église de Châteloy un récitai à l'étourdissante virtuosité.
"Il y a dans la musique un charme si puissant, qu'elle fait d'un mal un bien et d'un bien une douleur". La pianiste Anne Queffelec pourrait faire sienne cette sentence empruntée à Shakespeare tant elle porte l'art de l'harmonie jusqu'à sa quintessence.
Pour sa 34e édition,
le Festival de Musique en Bourbonnais a ainsi reçu une artiste à la renommée
internationale en l'église de Châteloy : soeur du romancier Yann Queffelec
et premier prix du conservatoire de Paris (en piano et musique de chambre),
cette élève d'Alfred Brendel a remporté d'innombrables succès à l'occasion
de diverses tournées internationales (à Londres,
Hongkong ou
Paris) et a été cour onnée"Meilleure interprète de l'année" aux Victoires
de la Musique en 1990.
CLASSICISME ET ROMANTISME
Habituée du festival de Châteloy, l'artiste a démontré son talent et sa sensibilité dans un récital qui a su allier virtuosité et simplicité. Débutant par Scarlatti, maître italien du XVIlle siècle et contemporain de Bach, Anne Queffelec dispense son art pianistique avec la grâce d'un papillon et une énergie toute en fluidité. Par son refus de toute tentation d'expressionnisme ou de brillance inutile, elle donne, avec ces quatre sonates (originellement conçues pour le clavecin) une leçon d'intensité interprétative. Son phrasé est purifié dans les tempos modérés, les passages les plus nerveux rendus lisibles et évidents, la dissection de la partition absolue.
Changement de
siècle, changement de ton! Au soleil de Scarlatti succède la nuit Schubertienne...
Avec la Sonate en Ut mineur D958, composée l'année de la mort du compositeur
(à 31 ans), Anne Queffelec atteint un haut degré de dépouillement, de gravité
et même de fantastique (le Final 1), sans pour autant renoncer à la tranquille
et émouvante couleur du tissu pianistique schubertien. Ces notes-là sonnent
comme un cri de révolte...
VIRTUOSITÉ ET POÉSIE
Après un court entracte où la pianiste et son public ont pu se désaltérer dans les jardins entourant la paroisse, chacun a regagné sa place dans l'église de Châteloy qui présente l'avantage d'offrir une acoustique excellente tout en dispensant une fraicheur salutaire.
Le XXe siècle a pu alors poindre son nez avec son lot de tourments magnifiés par les grands maitres de la musique. Erik Satie a ouvert le bal avec les célébrissimes Gymnopédies et Gnossiennes. Anne Quéffelec a fait sonner ces pièces hiératiques avec noblesse, en montrant si besoin est leur vraie nature néo-classique et distanciée...
Enfin, le concert s'est achevé par une interprétation particulièrement inspirée des Miroirs de Maurice Ravel : une sobriété qui n'est pas de la sécheresse... Anne Qùéffelec a offert une vision littéralement habitée de l'oeuvre pianistique Ravelienne. Ennemie des automatismes et d'une lecture trop mécanique, elle a su conjuguer dynamisme et fluidité jusqu'au vertige.
Comme
le souhaitait Françoise Denizet, troisième présidente du Festival, l'église
de Châteloy a trouvé sa «vraie vocation» en accueillent cette flamboyante
cascade d'accords distillés par Anne Quéffelec pour ce récital où l'ébène
et l'ivoire se sont répondus pour un immense bonheur sonore.
CONCERT DU 13 AOÛT 2000
EGLISE DE CHATELOY
RECITAL DE PIANO : ANNE QUEFFELEC
Sous le
charme et la féminité d'ANNE QUEFFELEC se cache une grande force émotionnelle.
Fille de l'écrivain Henri Queffelec et soeur du romancier Yann Queffelec,
elle a trouvé dans sa famille les qualités spirituelles et culturelles
sur lesquelles s'est bâtie sa personnalité. Car elle a une manière bien
à elle d'aborder les oeuvres qu'elle joue, disposant dune riche palette
de nuances dont elle use avec un goût très sûr.
Après
avoir obtenu au Conservatoire de Paris les premiers prix de piano et de
musique de chambre, Anne Queffelec reçut à Vienne l'enseignement d'Alfred
Brendel.
A la suite
des succès qu'elle remporta dans les célèbres concours internationaux de
Munich (ler Prix à
l'unanimité en 1968) et Leeds (Prix en 1969), sa
carrière a pris une dimension internationale. Elle joue en récital dans
les plus importantes salles d'Europe, du Japon, à HongKong, au Canada,
aux Etats-Unis, ou invitée par les grands orchestres (London Symphony,
London Philharmonic, Tonhalle de Zurich, Orchestres de chambre de Pologne,
Lausanne, Tokyo, Orchestre National et N.O.P. de
Radio France, etc....) sous la direction de chefs
tels que Boulez, Gardiner, Jordan, Janovsky.... Elle est aus~si engagée
par les principaux Festivals en France et en Angleterre.
En 1990,
Anne Queffelec a été couronnée "Meilleure interprète de l'année" aux Victoires
de la Musique.
Passionnée
de pédagogie, elle donne régulièrement des master-classes en France, en
Angleterre et au Japon. Elle est fréquemment invitée à participer aux jurys
des grands concours internationaux: Maguerite Long, Munich, Pretoria, etc...
Elle a
participé à la bande du film "Amadeus" de Milos Forman sous la direction
de Sir Neville Marriner.
Anne Queffelec
figure parmi les pianistes les plus aimés de sa génération. Son art s'est
exprimé très tôt dans un répertoire très éclectique comme en témoigne son
importante discographie(Erato, RCA, Virgin Classics). Ses disques consacrés
à Erik Satie sont les best sellers de Virgin Classics, chez qui elle a
enregistré aussi les intégrales de l'oeuvre pour piano seul de Ravel ainsi
que d'Henri Dutilleux.
En 1999,
Anne Queffelec a été promue au rang de Chevalier de la Légion d'Honneur.
LE PROGRAMME
Domenico SCARLATTI (1685 -1757).- 4 Sonates
Domenico
SCARLATTI est l'exact contemporain de Jean-Sébastien Bach (1685-1750) et
de Friedrich Haendel (1685-1759).
Il est
célèbre pour ses Sonates pour clavecin, bien qu'il ait commencé sa carrière
en Italie comme organiste et compositeur d'opéras et de cantates. En 1720,
on le trouve à Lisbonne où il dirige la Chapelle du Roi Jean V de Portugal
et l'éducation musicale de l'Infante Maria-Barbara. Cette Infante, devenue
l'épouse de l'héritier du Trône d'Espagne, l'attira à Madrid où il vécut
jusqu'à sa mort. C'est là qu'il composa la plus grande partie de ses quelques
555 sonates pour clavecin.
Domenico
Scarlatti apparaît comme l'un des musiciens les plus originaux du XVIIIème
siècle.Son style, de tradition italienne, s'est enrichi au contact de la
musique espagnole, y découvrant, la guitare et les rythmes populaires.
Son invention mélodique et rythmique est inépuisable, Il décrit lui-même
ses oeuvres comme "un ingénieux badinage de l'art pour t'exercer au
jeu hardi
sur le clavecin".
La forme
de la Sonate de Scarlatti est simple : un seul mouvement en deux parties
avec reprise de chaque partie.
Sonate
K.54 en la mineur.
Elle débute
par un thème arpégé clair et gai, à la main droite seule. La main gauche
lui répond et enchaîne avec une mélodie très ornée sur un rythme de danse,
à deux voix. Comme un second thème, trois notes montantes affirmées annoncent
la conclusion de cette première partie. La seconde partie de la sonate
développe la phrase mélodique du début, dans un registre grave et un climat
plus sombre, passant du mineur au majeur et du majeur au mineur dans de
courtes modulations successives. Comme dans la lère partie, les trois notes
montantes s'affirment pour annoncer la conclusion, où l'on retrouve la
mélodie très ornée, la gaité et le rythme du début.
Sonate
K. 531 en mi majeur.
La sonate
est introduite par un arpège égrené par les deux mains . Le thème monte
à la main droite, avec réponse de la main gauche et se déroule tout simplement,
passant du majeur au mineur. Brusquement : silence... et quatre notes graves
semblent poser une question; la réponse arrive en majeur, brillante et
affirmative, et le mouvement continue, imperturbable. La
seconde partie est
un développement très modulant, où trois voix se superposent, la voix haute
étant une sorte de mouvement perpétuel. Il s'interrompt, comme dans la
lère partie par un silence et l'interrogation en mineur, mystérieuse. La
réponse fuse en majeur, et le mouvement perpétuel repart jusqu'à la fin.
Sonate
K.27 en si mineur.
Serein
et équilibré, un début de fugue. Mais très vite,
le ton change et l'on entend des
accords de guitare soutenant un. chant qui évoque l'Espagne. Puis la fugue
repart, alternant avec la guitare. Un thème mystérieux descend vers le
grave. Avec le thème du début, la sérénité revient en conclusion. La seconde
partie
commence par le thème fugué, alternant avec les passages de guitare.
Puis, comme dans la lère partie, un passage mystérieux, ouaté, sous les
broderies de la main droite et les notes d'une guitare lointaine. La conclusion
est très courte, comme une flamme qui s'éteint.
Sonate
K.96 en ré majeur.
Après
la douceur de la Sonate K.27 éclate en fanfare un air de chasse. Après
cette exposition, Scarlatti fait appel à toutes sortes d'ornements et d'artifices
d'écriture : notes répétées, dissonances, trilles, rythmes de flamenco.
La fanfare éclate de nouveau et conclut la lère partie. La seconde partie
commence par une montée en tierces. La main droite, toujours brillante,
joue de nouveau avec les trilles, les "acciacature", les dissonances, évoquant
la mandoline ou la guitare, modulant de majeur en mineur et revenant en
majeur. La conclusion se fait avec le retour de la fanfare.
Franz SCHUBERT (1797 - 1828) : Sonate n°21, D 958, en ut mineur.
Schubert
est le dernier grand compositeur chez qui la Sonate pour piano occupe une
position importante : 23 sonates dont 12 achevées. Après lui, les compositeurs
romantiques s'écarteront de cette forme. Schubert lui-même lutte pour y
adapter sa propre expression poétique.
La Sonate
en ut mineur D 958 est la première d'une trilogie qu'il composa en 1828,
moins de deux mois avant sa mort. Le cadre est classique, en quatre mouvements,
mais le ton est passionné et le message fataliste.
1er Mouvement - Allegro. Volontaire, le thème initial s'affirme puissamment par des accords scandés, suivis d'un grand trait de triolets et doubles-croches, descendant et montant comme une houle. Brusque changement de décor avec le second thème doucement rêveur, typiquement Schubertien, dont le ton majeur apporte la lumière après le sombre ut mineur de l'attaque. Schubert s'y attarde. Mais c'est le premier thème qui sera utilisé par fragments dans le développement, prenant des aspects imprévisibles, parfois inquiétant dans une atmosphère chromatique, parfois mystérieux ou fantastique. La réexposition commence dans un registre dramatique, interrompu par le calme serein du second thème. Une longue coda reprend le chromatisme. Après un dernier déchaînement, la musique se meurt.
Le 2d Mouvement, Adagio, commence par une ample mélodie au caractère religieux. qui reviendra comme un refrain entre deux épisodes sombres et sauvages. Ecrite en la bémol majeur, elle oppose un calme détachement mystique à l'ut mineur de leur caractère véhément.
Le 3ème mouvement, Menuetto Allegro, est un étrange Menuet, capricieux et fantasque. Le thème d'abord lumineux devient vite dramatique, avec ses contrastes et ses cassures de rythme. Le Trio central apporte une grâce apaisante, par sa merveilleuses mélodie.
4ème Mouvement, Allegro. La Sonate se termine par une cavalcade effrénée sur un rythme de tarentelle. Le thème initial, qui reviendra comme un refrain, passe de mineur en majeur. Il monte en modulant et prend une allure plus dramatique sur des basses grondantes. Puis la lumière revient. Un nouvel élément entre en jeu : des accords scandés suivis d'une montée affirmative. La danse reprend en mineur, proche d'une danse macabre. Après une chute dans le grave, un court silence, apparaît une phrase mélodique, claire. Le rythme reprend dans un climat plus lumineux : court répit car le rythme infernal repart sur une basse martelée, avec des modulations inquiétantes, déstabilisantes. Retour du thème du début, des accords scandés, de la jolie phrase mélodique, dans un registre plus grave et sombre. Une dernière fois le refrain court, monte, puis après un diminuendo, il s'éteint brièvement, et un accord plaqué conclut le mouvement.
Erik SATIE (1866 - 1925) : lère et 3ème Gymnopédies - lère et 5ème Gnossiennes
Tandis
que la plupart des compositeurs s'expriment dans un idiome plus ou moins
familier, Satie a pratiquement inventé un mode d'expression qui lui est
propre : une nouvelle façon de "penser" la musique. Ses oeuvres - surprenantes
encore aujourd'hui - firent à l'époque considérer Satie comme un véritable
fou : Il ressent le besoin de se limiter à l'essentiel : pureté de la ligne,
acuité du trait, brièveté. C'est exactement ce qui caractérise Yécriture
des Gymnopédies : dépouillée et concise, rien n'y est sacrifié
au nom de quelque artifice de parade, ce qui fit dire à Jean Cocteau :"La
musique de Satie va toute nue".
Ces trois
pièces auraient été suggérées à Satie par la lecture du Salammbô de Flaubert.
C'est le climat auquel se réfère le titre de l'oeuvre, puisque les Gymnopédies
étaient dans la Grèce Antique, les danses qu'exécutaient de jeunes gens
nus à l'occasion de fêtes rituelles. Ecrites en 1888, ce n'est qu'en 1910
qu'elles figurent au programme de nombreux concerts - lorsque Satie commence
à être reconnu par de jeunes compositeurs. Elles présentent une grande
unité de style : une souple et sensuelle mélodie sur un fond rythmique
de valse lente (très lente) stylisée. La lère se joue dans un tempo "lent
et douloureux", sans aucune ornementation, mais recélant de surprenantes
harmonies. La 2ème, "lent et grave" de même rythme et même basse, est plus
mystérieuse. Ces deux Gymnopédies furent orchestrées par Claude Debussy
dès 1897.
Plus encore
que les Gymnopédies, les Gnossiennes - écrites de 1889 à
1891 - intriguent par leur titre. Il vient sans doute de "gnose" ( "connaissance
suprême des mystères de la religion" ). En effet, Satie traversait depuis
1886 une crise de mysticisme et possédait une solide culture ésotérique.
La lère
adopte un parti pris d'ascétisme. Sa structure est répétitive, "musique
sans commencement ni fin" . A la basse, la même figure syncopée accompagne
tout le morceau. L'originalité de la ligne mélodique est l'emploi "d'appoggiatures"
que Satie a peut-être emprunté à la musique tzigane découverte lors de
I'Exposition Universelle de 1889.
La 2ème
- qui était la première en date - est nuancée d'une couleur modale. Si
l'accompagnement est un rythme uniforme, la mélodie est étonnamment ornée
d'arabesques raffinées.
C'est
dans les Gnossiennes qu'apparaissent pour la première fois dans la musique
de Satie des annotations énigmatiques rédigées à l'intention de l'interprète
: "très luisant", "du bout de la pensée", "munissez-vous de clairvoyance",
"ouvrez la tête", etc conseils qui voulaient peut-être suggérer certains
climats.
Maurice RAVEL, (1875-1937). MIROIRS : "Noctuelles" , "Oiseaux tristes", "Une barque sur l'Océan", "Alborada del gracioso" , " La Vallée des cloches".
En 1904,
alors qu'il venait de terminer la "Sonatine", oeuvre classique proche de
la Sonate du XVIIIème siècle, Ravel concevait les "Miroirs". Ce sont ses
compagnons "Apaches" qui l'incitèrent - sans le savoir - à s'échapper des
chemins classiques.
"Les Apaches"
" étaient un cercle amical qui se réunissait le samedi soir chez le peintre
Paul Sordes, puis chez le compositeur Maurice Delage - le premier élève
de Ravel, devenu fidèle ami. Il y avait le musicologue Calvocoressi, le
compositeur et cfitîque Emile Vuillermoz, Inghelbrecht, le poète Tristan
Klingsor... Les vedettes du lieu étaient Léon-Paul Fargue, Ravel et Ricardo
Vines, l'ami de toujours, le pianiste qui "découvrait" pour le public les
oeuvres de ses contemporains - en particulier celles de Debussy. Le nom
d'"Apaches" leur fut donné un dimanche où - remontant la rue de Rome après
un concert, un crieur de "L'Intran" les bouscula sans malice : "Attention
les apaches !".-C'est devant les Apaches que seront jouées pour la première
fois toutes les oeuvres de Ravel, jusqu'à ce que la première Guerre mondiale
disperse définitivement les restes du groupe.
Maurice
Ravel travaillait déjà "Oiseaux tristes" lorsqu'un soir son ami Ricardo
Vines affirma que Debussy rêvait de proposer "une musique dont la forme
fut assez libre pour paraître improvisée" et de produire des oeuvres qui
parussent "arrachées d'un cahier d'esquisses". Ce propos frappa beaucoup
Ravel qui déclara y adhérer entièrement. Il se servira donc d'esquisses
descriptives pour jouer avec les règles harmoniques aussi bien qu'avec
les habitudes rythmiques et mélodiques.
Le titre
de "Miroirs" indique le souci de transposer le réel dans une autre matière
et une autre lumière. Chacune des pièces du recueil sera dédiée à un "Apache"
plus ou moins lié à sa conception.
C'est
à Léon-Paul Fargue, chantre du réalisme poétique alors naissant, qu'est
dédié Noctuelles. Il est l'auteur de l'épigraphe : "Les noctuelles
dun hangar qui partent d'un vol gauche cravater d'autres poutres" (les
noctuelles sont des papillons nocturnes). Bruissements furtifs et obscurs
frôlements sont évoqués par des harmonies floues, des grappes de notes,
des rythmes discontinus, des sonorités souvent indéfinissables.
Oiseaux
tristes est
le premier morceau en date. Il "évoque des oiseaux perdus dans la torpeur
d'une forêt très sombre aux heures les plus chaudes de l'été". Il est dédié
à Ricardo Vines. C'est le plus court, le plus statique - marqué, "très
lent". Après l'envol d'un oiseau, l'atmosphère retombe dans une manière
de désolation - "sombre et lointain".
Une
barque sur lOcéan est
dédiée au peintre Paul Sordes. C'est la vision d'un océan complet, avec
ses rides et ses houles, mais aussi les lumières et les écumes - vastes
arpèges, trilles aigus, thèmes épars, rythme souplement balancé, "ondulation
d'une barque qui monte et redescend dans les vallées liquides".
Alborada
del gracioso est
dédiée à Michel Calvocoressi. C'est "l'Aubade du bouffon" du théâtre espagnol.
Pour son interprétation, Ravel réclamait des accords très serrés et un
tempo immuable. Rythmes nerveux, harmonies acides, brefs accords pincés
de guitare : cette musique prend un caractère désespéré, Il n'y a de détente
que dans le récitatif central où le grotesque et le tragique se mêlent
intimement.
La
Vallée des cloches est dédiée à Maurice Delage. Indiquée "très
lent", c'est une longue phrase continue toute en secrets et en harmonies
profondes. Elle est construite en trois parties:
ler volet
- lointains carillons, subtiles modulations flottant dans le crépuscule.
Episode
central : "largement chanté", tel un cantique. C'est le lyrisme le plus
ample que l'on puisse trouver chez Ravel.
3ème volet:
les harmonies évanouies du soir enténébrent peu à peu la Vallée des Cloches.