Cet article est paru dans "LA MONTAGNE" du 13 Aôut 2000

Anne Queffélec pianissimo à Châteloy

Accords en La Mineur et phrasés frénétiques étaient au programme hier après-midi pour la 34ème édition du Festival de Musique en Bourbonnais. L'église de Châteioy recevait la pianiste Anne Queffelec pour un récital de piano mêlant Scarlatti, Schubert, Ravel et Satie. Sensibilité et virtuosité pour un moment de grâce infinie.

La pianiste Anne Queffélec a fait jouer ses doigts de fée sur l'ébène et l'ivoire de son Steinway et offert au public le l'église de Châteloy un récitai à l'étourdissante virtuosité.


 

"Il y a dans la musique un charme si puissant, qu'elle fait d'un mal un bien et d'un bien une douleur". La pianiste Anne Queffelec pourrait faire sienne cette sentence empruntée à Shakespeare tant elle porte l'art de l'harmonie jusqu'à sa quintessence.

Pour sa 34e édition, le Festival de Musique en Bourbonnais a ainsi reçu une artiste à la renommée internationale en l'église de Châteloy : soeur du romancier Yann Queffelec et premier prix du conservatoire de Paris (en piano et musique de chambre), cette élève d'Alfred Brendel a remporté d'innombrables succès à l'occasion de diverses tournées internationales (à Londres,
Hongkong ou Paris) et a été cour onnée"Meilleure interprète de l'année" aux Victoires de la Musique en 1990.
 


CLASSICISME ET ROMANTISME

Habituée du festival de Châteloy, l'artiste a démontré son talent et sa sensibilité dans un récital qui a su allier virtuosité et simplicité. Débutant par Scarlatti, maître italien du XVIlle siècle et contemporain de Bach, Anne Queffelec dispense son art pianistique avec la grâce d'un papillon et une énergie toute en fluidité. Par son refus de toute tentation d'expressionnisme ou de brillance inutile, elle donne, avec ces quatre sonates (originellement conçues pour le clavecin) une leçon d'intensité interprétative. Son phrasé est purifié dans les tempos modérés, les passages les plus nerveux rendus lisibles et évidents, la dissection de la partition absolue.

Changement de siècle, changement de ton! Au soleil de Scarlatti succède la nuit Schubertienne... Avec la Sonate en Ut mineur D958, composée l'année de la mort du compositeur (à 31 ans), Anne Queffelec atteint un haut degré de dépouillement, de gravité et même de fantastique (le Final 1), sans pour autant renoncer à la tranquille et émouvante couleur du tissu pianistique schubertien. Ces notes-là sonnent comme un cri de révolte...
 

VIRTUOSITÉ ET POÉSIE

Après un court entracte où la pianiste et son public ont pu se désaltérer dans les jardins entourant la paroisse, chacun a regagné sa place dans l'église de Châteloy qui présente l'avantage d'offrir une acoustique excellente tout en dispensant une fraicheur salutaire.

Le XXe siècle a pu alors poindre son nez avec son lot de tourments magnifiés par les grands maitres de la musique. Erik Satie a ouvert le bal avec les célébrissimes Gymnopédies et Gnossiennes. Anne Quéffelec a fait sonner ces pièces hiératiques avec noblesse, en montrant si besoin est leur vraie nature néo-classique et distanciée...

Enfin, le concert s'est achevé par une interprétation particulièrement inspirée des Miroirs de Maurice Ravel : une sobriété qui n'est pas de la sécheresse... Anne Qùéffelec a offert une vision littéralement habitée de l'oeuvre pianistique Ravelienne. Ennemie des automatismes et d'une lecture trop mécanique, elle a su conjuguer dynamisme et fluidité jusqu'au vertige.

Comme le souhaitait Françoise Denizet, troisième présidente du Festival, l'église de Châteloy a trouvé sa «vraie vocation» en accueillent cette flamboyante cascade d'accords distillés par Anne Quéffelec pour ce récital où l'ébène et l'ivoire se sont répondus pour un immense bonheur sonore.  

G.C.   
 
 

Ci-après, le document d'accompagnement du Concert.
 
FESTIVAL DE MUSIQUE EN BOURBONNAIS

CONCERT DU 13 AOÛT 2000

EGLISE DE CHATELOY

RECITAL DE PIANO : ANNE QUEFFELEC

 

 
 
 

 
Anne Queffelec interprète la première Gymnopédie d'Eric SATIE
 

 
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Sous le charme et la féminité d'ANNE QUEFFELEC se cache une grande force émotionnelle. Fille de l'écrivain Henri Queffelec et soeur du romancier Yann Queffelec, elle a trouvé dans sa famille les qualités spirituelles et culturelles sur lesquelles s'est bâtie sa personnalité. Car elle a une manière bien à elle d'aborder les oeuvres qu'elle joue, disposant dune riche palette de nuances dont elle use avec un goût très sûr.
Après avoir obtenu au Conservatoire de Paris les premiers prix de piano et de musique de chambre, Anne Queffelec reçut à Vienne l'enseignement d'Alfred Brendel.
A la suite des succès qu'elle remporta dans les célèbres concours internationaux de Munich (ler Prix à l'unanimité en 1968) et Leeds (Prix en 1969), sa carrière a pris une dimension internationale. Elle joue en récital dans les plus importantes salles d'Europe, du Japon, à HongKong, au Canada, aux Etats-Unis, ou invitée par les grands orchestres (London Symphony, London Philharmonic, Tonhalle de Zurich, Orchestres de chambre de Pologne, Lausanne, Tokyo, Orchestre National et N.O.P. de Radio France, etc....) sous la direction de chefs tels que Boulez, Gardiner, Jordan, Janovsky.... Elle est aus~si engagée par les principaux Festivals en France et en Angleterre.
En 1990, Anne Queffelec a été couronnée "Meilleure interprète de l'année" aux Victoires de la Musique.
Passionnée de pédagogie, elle donne régulièrement des master-classes en France, en Angleterre et au Japon. Elle est fréquemment invitée à participer aux jurys des grands concours internationaux: Maguerite Long, Munich, Pretoria, etc...
Elle a participé à la bande du film "Amadeus" de Milos Forman sous la direction de Sir Neville Marriner.
Anne Queffelec figure parmi les pianistes les plus aimés de sa génération. Son art s'est exprimé très tôt dans un répertoire très éclectique comme en témoigne son importante discographie(Erato, RCA, Virgin Classics). Ses disques consacrés à Erik Satie sont les best sellers de Virgin Classics, chez qui elle a enregistré aussi les intégrales de l'oeuvre pour piano seul de Ravel ainsi que d'Henri Dutilleux.
En 1999, Anne Queffelec a été promue au rang de Chevalier de la Légion d'Honneur.

LE PROGRAMME

Domenico SCARLATTI (1685 -1757).- 4 Sonates

Domenico SCARLATTI est l'exact contemporain de Jean-Sébastien Bach (1685-1750) et de Friedrich Haendel (1685-1759).
Il est célèbre pour ses Sonates pour clavecin, bien qu'il ait commencé sa carrière en Italie comme organiste et compositeur d'opéras et de cantates. En 1720, on le trouve à Lisbonne où il dirige la Chapelle du Roi Jean V de Portugal et l'éducation musicale de l'Infante Maria-Barbara. Cette Infante, devenue l'épouse de l'héritier du Trône d'Espagne, l'attira à Madrid où il vécut jusqu'à sa mort. C'est là qu'il composa la plus grande partie de ses quelques 555 sonates pour clavecin.
Domenico Scarlatti apparaît comme l'un des musiciens les plus originaux du XVIIIème siècle.Son style, de tradition italienne, s'est enrichi au contact de la musique espagnole, y découvrant, la guitare et les rythmes populaires. Son invention mélodique et rythmique est inépuisable, Il décrit lui-même ses oeuvres comme "un ingénieux badinage de l'art pour t'exercer au
jeu hardi sur le clavecin".
La forme de la Sonate de Scarlatti est simple : un seul mouvement en deux parties avec reprise de chaque partie.

Sonate K.54 en la mineur.
Elle débute par un thème arpégé clair et gai, à la main droite seule. La main gauche lui répond et enchaîne avec une mélodie très ornée sur un rythme de danse, à deux voix. Comme un second thème, trois notes montantes affirmées annoncent la conclusion de cette première partie. La seconde partie de la sonate développe la phrase mélodique du début, dans un registre grave et un climat plus sombre, passant du mineur au majeur et du majeur au mineur dans de courtes modulations successives. Comme dans la lère partie, les trois notes montantes s'affirment pour annoncer la conclusion, où l'on retrouve la mélodie très ornée, la gaité et le rythme du début.

Sonate K. 531 en mi majeur.
La sonate est introduite par un arpège égrené par les deux mains . Le thème monte à la main droite, avec réponse de la main gauche et se déroule tout simplement, passant du majeur au mineur. Brusquement : silence... et quatre notes graves semblent poser une question; la réponse arrive en majeur, brillante et affirmative, et le mouvement continue, imperturbable. La seconde partie est un développement très modulant, où trois voix se superposent, la voix haute étant une sorte de mouvement perpétuel. Il s'interrompt, comme dans la lère partie par un silence et l'interrogation en mineur, mystérieuse. La réponse fuse en majeur, et le mouvement perpétuel repart jusqu'à la fin.

Sonate K.27 en si mineur.
Serein et équilibré, un début de fugue. Mais très vite, le ton change et l'on entend des accords de guitare soutenant un. chant qui évoque l'Espagne. Puis la fugue repart, alternant avec la guitare. Un thème mystérieux descend vers le grave. Avec le thème du début, la sérénité revient en conclusion. La seconde partie commence par le thème fugué, alternant avec les passages de guitare. Puis, comme dans la lère partie, un passage mystérieux, ouaté, sous les broderies de la main droite et les notes d'une guitare lointaine. La conclusion est très courte, comme une flamme qui s'éteint.

Sonate K.96 en ré majeur.
Après la douceur de la Sonate K.27 éclate en fanfare un air de chasse. Après cette exposition, Scarlatti fait appel à toutes sortes d'ornements et d'artifices d'écriture : notes répétées, dissonances, trilles, rythmes de flamenco. La fanfare éclate de nouveau et conclut la lère partie. La seconde partie commence par une montée en tierces. La main droite, toujours brillante, joue de nouveau avec les trilles, les "acciacature", les dissonances, évoquant la mandoline ou la guitare, modulant de majeur en mineur et revenant en majeur. La conclusion se fait avec le retour de la fanfare.

Franz SCHUBERT (1797 - 1828) : Sonate n°21, D 958, en ut mineur.

Schubert est le dernier grand compositeur chez qui la Sonate pour piano occupe une position importante : 23 sonates dont 12 achevées. Après lui, les compositeurs romantiques s'écarteront de cette forme. Schubert lui-même lutte pour y adapter sa propre expression poétique.
La Sonate en ut mineur D 958 est la première d'une trilogie qu'il composa en 1828, moins de deux mois avant sa mort. Le cadre est classique, en quatre mouvements, mais le ton est passionné et le message fataliste.

1er Mouvement - Allegro. Volontaire, le thème initial s'affirme puissamment par des accords scandés, suivis d'un grand trait de triolets et doubles-croches, descendant et montant comme une houle. Brusque changement de décor avec le second thème  doucement rêveur, typiquement Schubertien, dont le ton majeur apporte la lumière après le sombre ut mineur de l'attaque. Schubert s'y attarde. Mais c'est le premier thème qui sera utilisé par fragments dans le développement, prenant des aspects imprévisibles, parfois inquiétant dans une atmosphère chromatique, parfois mystérieux ou fantastique. La réexposition commence dans un registre dramatique, interrompu par le calme serein du second thème. Une longue coda reprend le chromatisme. Après un dernier déchaînement, la musique se meurt.

Le 2d Mouvement, Adagio, commence par une ample mélodie au caractère religieux. qui reviendra comme un refrain entre deux épisodes sombres et sauvages. Ecrite en la bémol majeur, elle oppose un calme détachement mystique à l'ut mineur de leur caractère véhément.

Le 3ème mouvement, Menuetto Allegro, est un étrange Menuet, capricieux et fantasque. Le thème d'abord lumineux devient vite dramatique, avec ses contrastes et ses cassures de rythme. Le Trio central apporte une grâce apaisante, par sa merveilleuses mélodie.

4ème Mouvement, Allegro. La Sonate se termine par une cavalcade effrénée sur un rythme de tarentelle. Le thème initial, qui reviendra comme un refrain, passe de mineur en majeur. Il monte en modulant et prend une allure plus dramatique sur des basses grondantes. Puis la lumière revient. Un nouvel élément entre en jeu : des accords scandés suivis d'une montée affirmative. La danse reprend en mineur, proche d'une danse macabre. Après une chute dans le grave, un court silence, apparaît une phrase mélodique, claire. Le rythme reprend dans un climat plus lumineux : court répit car le rythme infernal repart sur une basse martelée, avec des modulations inquiétantes, déstabilisantes. Retour du thème du début, des accords scandés, de la jolie phrase mélodique, dans un registre plus grave et sombre. Une dernière fois le refrain court, monte, puis après un diminuendo, il s'éteint brièvement, et un accord plaqué conclut le mouvement.

Erik SATIE (1866 - 1925) : lère et 3ème Gymnopédies - lère et 5ème Gnossiennes

Tandis que la plupart des compositeurs s'expriment dans un idiome plus ou moins familier, Satie a pratiquement inventé un mode d'expression qui lui est propre : une nouvelle façon de "penser" la musique. Ses oeuvres - surprenantes encore aujourd'hui - firent à l'époque considérer Satie comme un véritable fou : Il ressent le besoin de se limiter à l'essentiel : pureté de la ligne, acuité du trait, brièveté. C'est exactement ce qui caractérise Yécriture des Gymnopédies : dépouillée et concise, rien n'y est sacrifié au nom de quelque artifice de parade, ce qui fit dire à Jean Cocteau :"La musique de Satie va toute nue".
Ces trois pièces auraient été suggérées à Satie par la lecture du Salammbô de Flaubert. C'est le climat auquel se réfère le titre de l'oeuvre, puisque les Gymnopédies étaient dans la Grèce Antique, les danses qu'exécutaient de jeunes gens nus à l'occasion de fêtes rituelles. Ecrites en 1888, ce n'est qu'en 1910 qu'elles figurent au programme de nombreux concerts - lorsque Satie commence à être reconnu par de jeunes compositeurs. Elles présentent une grande unité de style : une souple et sensuelle mélodie sur un fond rythmique de valse lente (très lente) stylisée. La lère se joue dans un tempo "lent et douloureux", sans aucune ornementation, mais recélant de surprenantes harmonies. La 2ème, "lent et grave" de même rythme et même basse, est plus mystérieuse. Ces deux Gymnopédies furent orchestrées par Claude Debussy dès 1897.

Plus encore que les Gymnopédies, les Gnossiennes - écrites de 1889 à 1891 - intriguent par leur titre. Il vient sans doute de "gnose" ( "connaissance suprême des mystères de la religion" ). En effet, Satie traversait depuis 1886 une crise de mysticisme et possédait une solide culture ésotérique.
La lère adopte un parti pris d'ascétisme. Sa structure est répétitive, "musique sans commencement ni fin" . A la basse, la même figure syncopée accompagne tout le morceau. L'originalité de la ligne mélodique est l'emploi "d'appoggiatures" que Satie a peut-être emprunté à la musique tzigane découverte lors de I'Exposition Universelle de 1889.
La 2ème - qui était la première en date - est nuancée d'une couleur modale. Si l'accompagnement est un rythme uniforme, la mélodie est étonnamment ornée d'arabesques raffinées.
C'est dans les Gnossiennes qu'apparaissent pour la première fois dans la musique de Satie des annotations énigmatiques rédigées à l'intention de l'interprète : "très luisant", "du bout de la pensée", "munissez-vous de clairvoyance", "ouvrez la tête", etc conseils qui voulaient peut-être suggérer certains climats.

Maurice RAVEL, (1875-1937). MIROIRS : "Noctuelles" , "Oiseaux tristes", "Une barque sur l'Océan", "Alborada del gracioso" , " La Vallée des cloches".

En 1904, alors qu'il venait de terminer la "Sonatine", oeuvre classique proche de la Sonate du XVIIIème siècle, Ravel concevait les "Miroirs". Ce sont ses compagnons "Apaches" qui l'incitèrent - sans le savoir - à s'échapper des chemins classiques.
"Les Apaches" " étaient un cercle amical qui se réunissait le samedi soir chez le peintre Paul Sordes, puis chez le compositeur Maurice Delage - le premier élève de Ravel, devenu fidèle ami. Il y avait le musicologue Calvocoressi, le compositeur et cfitîque Emile Vuillermoz, Inghelbrecht, le poète Tristan Klingsor... Les vedettes du lieu étaient Léon-Paul Fargue, Ravel et Ricardo Vines, l'ami de toujours, le pianiste qui "découvrait" pour le public les oeuvres de ses contemporains - en particulier celles de Debussy. Le nom d'"Apaches" leur fut donné un dimanche où - remontant la rue de Rome après un concert, un crieur de "L'Intran" les bouscula sans malice : "Attention les apaches !".-C'est devant les Apaches que seront jouées pour la première fois toutes les oeuvres de Ravel, jusqu'à ce que la première Guerre mondiale disperse définitivement les restes du groupe.
Maurice Ravel travaillait déjà "Oiseaux tristes" lorsqu'un soir son ami Ricardo Vines affirma que Debussy rêvait de proposer "une musique dont la forme fut assez libre pour paraître improvisée" et de produire des oeuvres qui parussent "arrachées d'un cahier d'esquisses". Ce propos frappa beaucoup Ravel qui déclara y adhérer entièrement. Il se servira donc d'esquisses descriptives pour jouer avec les règles harmoniques aussi bien qu'avec les habitudes rythmiques et mélodiques.
Le titre de "Miroirs" indique le souci de transposer le réel dans une autre matière et une autre lumière. Chacune des pièces du recueil sera dédiée à un "Apache" plus ou moins lié à sa conception.
C'est à Léon-Paul Fargue, chantre du réalisme poétique alors naissant, qu'est dédié Noctuelles. Il est l'auteur de l'épigraphe : "Les noctuelles dun hangar qui partent d'un vol gauche cravater d'autres poutres" (les noctuelles sont des papillons nocturnes). Bruissements furtifs et obscurs frôlements sont évoqués par des harmonies floues, des grappes de notes, des rythmes discontinus, des sonorités souvent indéfinissables.
Oiseaux tristes est le premier morceau en date. Il "évoque des oiseaux perdus dans la torpeur d'une forêt très sombre aux heures les plus chaudes de l'été". Il est dédié à Ricardo Vines. C'est le plus court, le plus statique - marqué, "très lent". Après l'envol d'un oiseau, l'atmosphère retombe dans une manière de désolation - "sombre et lointain".
Une barque sur lOcéan est dédiée au peintre Paul Sordes. C'est la vision d'un océan complet, avec ses rides et ses houles, mais aussi les lumières et les écumes - vastes arpèges, trilles aigus, thèmes épars, rythme souplement balancé, "ondulation d'une barque qui monte et redescend dans les vallées liquides".
Alborada del gracioso est dédiée à Michel Calvocoressi. C'est "l'Aubade du bouffon" du théâtre espagnol. Pour son interprétation, Ravel réclamait des accords très serrés et un tempo immuable. Rythmes nerveux, harmonies acides, brefs accords pincés de guitare : cette musique prend un caractère désespéré, Il n'y a de détente que dans le récitatif central où le grotesque et le tragique se mêlent intimement.
La Vallée des cloches est dédiée à Maurice Delage. Indiquée "très lent", c'est une longue phrase continue toute en secrets et en harmonies profondes. Elle est construite en trois parties:
ler volet - lointains carillons, subtiles modulations flottant dans le crépuscule.
Episode central : "largement chanté", tel un cantique. C'est le lyrisme le plus ample que l'on puisse trouver chez Ravel.
3ème volet: les harmonies évanouies du soir enténébrent peu à peu la Vallée des Cloches.


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