A Sei Voci ou la magie des voix
Après une première apparition en 1988, l'ensemble A Sei Voci était de retour, dimanche, en l'église de Châteloy, pour le plus grand plaisir des
Ensemble vocal français fondé en 1977 et recomposé
en 1991 autour de l'un de ses fondateurs, Bernard Fabre-Garnus, A Sei Voci
s'est donné pour vocation de redécouvrir les partitions -
souvent inédites - de la Renaissance et du Baroque, dans l'esprit
de l'époque. Leur approche s'appuie sur les dernières
recherches, menées en collaboration avec plusieurs musicologues.
Chaque projet donne lieu à un véritable travail de fond,
alliant restitution de manuscrits originaux, recherche sur l'interprétation
- et quelle interprétation! - actions de sensibilisation,
enregistrements.
A Sei Voci, sous la direction de son fondateur a, en effet plus d'une
vingtaine de CD à son actif.
Dimanche, cet ensemble vocal a donné l'occasion au public de Châteloy de voyager à travers le temps, entre chants sacrés et profanes, sur les ailes musiIcales de six drôles d'oiseaux dont les voix, loin des piaillements tels qu'on les imagine, suggéraient bien plutôt la douceur exquise de mélodies angéliques (*).
La première partie était consacrée à "L'Europe musicale des Princes" avec Heinrich Isaac (1450-1517), Josquin Desprez (1440-1521), Cristobal de Morales (1500-1553), et Jacob Obrecht (1450-1505). Placé sous le signe de l'élégance harmonique, de la grâce presque voilée qui se déploie en 1.000 nuances, ce début de programme a bercé l'assistance sur le lit sacré d'oeuvres toutes plus séduisantes les unes que les autres. Notons notamment le motet "Qui consolabatur me", du compositeur Andalou Cristobal de Morales, où l'usage simultané de thèmes différents se combinant à un effet d'ostinato mélodique - l'une des voix répétant inlassablement la même formule - ouvrait la porte au mysticisme, langoureux poème magnifié par une belle mélodie. "Ça vaut la messe... ," glissait une dame à l'oreille de son amie.
Quels que soient les moyens employés, tous les compositeurs de cette génération (1530-1600 environ) semblent poursuivre le même objectif que les Italiens: restituer à la musique un réel pouvoir qu'elle avait, selon eux, chez les anciens et qui tient en un mot (qu'il faut entendre dans son sens le plus fort): le ravissement. En l'occurrence, le public de Châteloy, fut "ravi", par l'oeuvre de Clément Janequin. Même si l'on dit de lui qu'il n'a pas toujours la même qualité mélodique que son contemporain parisien Attaingnant, Janequin, lui, présente à la fois davantage de fantaisie et de vivacité.
CHANTANTES ONOMATOPÉES
En témoignent deux de ses plus célèbres fresques descriptives "Le chant des oiseaux" et "La guerre", qu'avait choisi d'interprèter A Sei Voci, lors de la deuxième partie. Le jeu phonique, rythmique, les onomatopées, sorte de langage objet "sonorités sauvages" subtilement intégrées au déroulement discursif de chaque texte qu'elles viennent interrompre périodiquement, installent une altemance de styles musicaux contrastés. Lesquels résonnent dans la tête, devenue l'espace d'un instant, grande volière pour voix volantes.
Ces chansons profanes de la Renaissance, souvent empreintes d'un langage plein de verdeur, mais d'une grande élégance spirituelle due au génie des poètes et musiciens de cette époque (XVle), sont à l'image du rayonnement culturel de la Cour de France et de son roi. Issus des cercles humanistes, ces textes mis en musique illustrent une même volonté de revenir à un idéal de beauté, et parfois même à une certaine forme d'érotisme discret, mais bel et bien présent. Le public aura pu en déguster toute la saveur àtravers "Du beau tétin" de Janequin...
Pour ceux qui n'auraient pas eu la chance d'assister à ce concert, ou qui tout simplement souhaiteraient découvrir cet ensemble vocal à travers son répertoire original, il est possible de piocher dans sa large discographie en attendant la sortie de leur prochain CD, en octobre, chez Auvidis-Astrée (messe Pange lingua et motets de Clément Janequin).
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(*) Prochain spectacle, samedi 21 août, à 21 heures, en l'église
de Châteloy.
Réservations au 04.70.05.11.44 ou 04.70.06.80.17 ou 04.70.06.86.15.
Tarifs : places numérotées 100 F ; 80 F étudiants et
moins de 18 ans.
Places non numérotées, 80 F ; 50 F étudiants
et moins de 18 ans.