FESTIVAL
Un vent virtuose a soufflé sur Châteloy
Le 33ème Festival de musique en Bourbonnais s'est achevé avec "Le Concert Impromptu" et la pianiste Dana Ciocarlie dans un tourbillon de notes. Exaltation et coquine douceur étaient au rendez-vous : le public de Châteloy est tombé sous le charme.
"C'est un exalté libre-penseur musical. Ne le fréquentez pas, il n'a rien appris et ne fera jamais rien de propre". A ces mots du cuistre Albrechtsberger, un des maitres de Beethoven, s'impose la force géniale de l'élève dont le quintette pour piano et vents en mi bémol majeur Op.16 frappe un grand coup dans les oreilles et dément cette idée préconçue que la musique de chambre est l'apanage des cordes.
Il a suffi, samedi soir, àChâteloy, de pénétrer dans les profondeurs abyssales soutenues par les vents au-dessus desquelles danse le piano pour comprendre qu'Albrechtsberger n'avait.rien compris. Cette oeuvre de Beethoven allie gravité des sonorités, chaleur, trouble et gaieté à travers ses trois mouvements, en laissant toujours une large part aux envols déchainés du clavier.
C'est avec humour, grâce et une indéniable complicité que le Concert Impromptu, sur l'inébranlable musculature d'un piano séduit par Dana Ciocarlie, a su interprèter ce quintette simplement, sans fioriture Après cette entrée en matière tonitruante, rythmée par les explorations d'un piano enchanteur, le Concert Impromptu a proposé au public une oeuvre d'un compositeur assez méconnu, le Clermontois Georges Onslow (1784-1853).
A travers ce quintette à vent en fa majeur Op.3, transparait une toile cousue d'imaginaire qui suggère, quand on se laisse prendre au jeu des instruments et surtout à leurs sonorités optimistes même dans les harmonies les plus graves, un tableau vivant où se taquinent les humeurs. Tantôt gai, tantôt ému, sautillant, caressant, Le Concert Impromptu aura offert au public un joli cadeau avec cette oeuvre réjouissante, de celles qui donnent le sourire. Le Concert Impromptu forme une unité complice où chacune des individualités s'exprime dans une harmonie communicative. On pouvait sentir, à la simple vue de leurs corps dansant avec leur instrument, cet amour de la musique qui à lui seul suffit déjà à nourrir l'oeuvre, àlui donner ce relief que certains virtuoses oublient parfois: La sensibilité.
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Après une première partie où se mêlaient
vents et cordes frappées, le public devait se trouver cloué
sur sa chaise devant l'interprétation par Dana Ciocarlie des études
5 et 6 de Liszt composées d'après les Caprices de Paganini.
Le spectacle s'est achevé avec le "Trio des Ismaélites" pour flûte, hautbois et piano, de Berlioz (1803-1869). Mais on retiendra le sextuor pour piano et quintette à vent de Thuille (1861-1907) qui avait séduit Richard Strauss,et qui n'a pas manqué d'enthousiasmer le public, notamment le troisième mouvement qui n'est pas sans rappeler la griffe de Saint-Saens, tant cette musique prend vie dans le souffle du cor, du hautbois, de la clarinette, du basson, de la flûte, el bien sûr du piano. Comme si elle s'incarnait et n'avait de cesse de faire battre du pied ceux qui l'écoutent.
Ainsi a pris fin cette dernière soirée placée sous le signe d'une virtuosité gracieuse et souriante, à l'image de musiciens dont le talent empreint d'humilité laisse rêveur...