
Et pourquoi pas un peu de musique ?
Le Prieuré aujourd'hui
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Comme l'église de Châteloy,le Prieuré est situé à l'extrémité ouest de l'ancienne cité gallo-romaine de CORDES, sur un promontoire dominant la vallée de l'Aumance. C'est sur ce poste d'observation naturel que fut édifié le "Castellum Oculi", devenu CHATELOY. Cette orthographe adoptée de nos jours a beaucoup varié au cours des siècles, où l'on trouve selon les documents: Castellayo, Chastellayo, Chastellay, Chatelloi et Chateloy. Si l'origine du nom remonte à l'appellation latine qui se traduit par "Castel sur l'Oeil", il faut préciser que ce n'est plus l'Oeil qui coule au pied de Châteloy, mais l'Aumance. Le changement de dénomination provient d'une erreur du cartographe Cassini.
En latin castellum signifie asile, repaire, mais également hameau ou ferme dans les montagnes. Cordes était cette place-forte où la population se repliait avec ses vivres en cas de danger. Cette tradition de forteresse-refuge fut maintenue, lors de la construction de l'église romane avec son unique issue, ses souterrains et son puits intérieur.
Si certains pensent qu'un château ait existé dans cette
enceinte, aucun fait historique ne permet de l'affirmer. Par contre, les
nombreux restes de murs effondrés, datant d'époques différentes,
attestent d'une forte occupation dans le passé. Le site de Châteloy
figure parmi les lieux de culte des Bituriges sur une carte au musée de
Bourges, comme Estivareilles et Néris.
La grande invasion de l'an 257 qui dévasta la Gaule entière avait déjà éprouvé la région. Cordes fut détruit par les Wisigoths en 475 et délaissé ensuite. Après la paix romaine, ce sol a connu la guerre, la destruction et la ruine. Pourtant la localité subsiste au moyen-âge et reprend de l'importance comme paroisse chrétienne d'abord et comme siège d'un Prieuré par la suite.
La recherche de documents pouvant renseigner sur la date de fondation du Prieuré et sur la vie de la petite communauté religieuse qui s'y établit s'est avérée difficile. Une certitude: il dépendait de l'Abbaye Royale de Saint-Cyran en Brenne (commune de St. Michel dans l'Indre), fondé par Dagobert en 641.
Saint-Michel en Brenne - Vue d'avion
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Saint-Michel en Brenne - Le Prieuré et la rivière
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Par analogie avec la création d'un certain nombre de prieurés bénédictins dans la région (La Bouteille, La Chapelle-Aude) , on peut penser que la fondation du prieuré de Châteloy remonte au XIème siècle. Sans doute par référence au fondateur de la maison-mère, il choisit comme saint protecteur "Sainct Héloy", orfèvre et trésorier du roi Dagobert.
La première mention écrite du Prieuré de Châteloy date de 1327. Elle figure dans un relevé détaillé des sommes fournies au pape Jean XXII par les ecclésiastiques du diocèse de Bourges. Le chapitre de Hérisson émarge pour 20 livres, le Prieur de Châteloy pour 7 livres et le chapelain de Hérisson pour 60 sols.
Une autre preuve de la présence de moines bénédictins à
Châteloy est le témoignage pictural laissé sur la frise
peinte sur le mur sud de l'église et dont la dernière scène
représente la mise au tombeau de St. Principin. Plusieurs personnages
veillent le Saint et parmi eux un moine bénédictin, reconnaissable
à sa tonsure.
L'inventaire d'un certain nombre de titres couvre la période entre 1367 et 1690 et donne une idée des préoccupations et soucis des Prieurs à cette époque. L'Abbaye-mère dépendant de l'Evêché de Bourges, j'avais espéré y trouver d'autres documents. Malheureusement, les archives épiscopales ont été la proie des flammes en 1871 .
Jusqu'en 1725 il n'y eut qu'une paroisse, celle de Châteloy de laquelle dépendait Hérisson. Bien avant cette date, le doyen de l'église collégiale était devenu curé de Châteloy. Une certaine confusion règne dans la description des fonctions des curés et Prieurs de Châteloy. Si, à l'origine, le Prieur résidait au Prieuré et assurait le culte dans l'église Saint-Pierre, par la suite, probablement au 16ème siècle, un curé s'est installé à Châteloy, habitant la première maison à gauche en arrivant au hameau, appelée encore maintenant la cure. Certains curés étaient établis à Hérisson même. C'est sous le pastorat du curé René Méry qu'une église succursale de l'église de Châteloy fut instaurée à Hérisson. L'éloignement de Hérisson de l'église paroissiale en était la raison et explique la désaffection.
Quelle était la vie des moines en ces lieux? Fidèles à la règle de St. Benoît, ils ont partagé harmonieusement leur journée entre l'office divin, le travail et l'étude. Les maisons où ne résidait qu'un nombre restreint de religieux s'appelaient cellae ou obedientiae. En faisant du travail un article fondamental de la règle et en lui rendant sa dignité, les Bénédictins se sont mis à la tête du mouvement agricole, commercial et industriel du haut moyen-âge. De plus, leurs revenus ont été employés à des fins sociales, à des oeuvres de charité et au profit de la collectivité. Leurs méthodes d'exploitation étaient un modèle suivi par l'agriculture pendant près de huit siècles. Ainsi, le prieuré de Châteloy a constitué un élément infime de cet immense réseau tissé par les Bénédictins et qui couvrait une bonne partie de l'Europe.
La vie a dû être rude dans cette région aux gorges sauvages où certains noms rappellent le souvenir des loups, comme Jappeloup. La légende raconte " qu'un jour des loups, ne se contentant plus de la pauvre brebis, osèrent dévorer la mule du Prieur en plein midi , sous les yeux de son propriétaire. " Est-ce ce souvenir qui a incité un sculpteur à tailler un âne gris sur un chapiteau de l'église?
Une population importante fut dénombrée par Nicolas de Nicolay en 1569, puisqu'il cite pour Châteloy 153 feux, 180 pour Hérisson, 272 pour Le Brethon et 158 pour Cosne.
Il est probable que dès la 2ème moitié du 17ème siècle, les Prieurs ne résidaient plus à Châteloy. Le domaine était affermé et seule subsistait l'exploitation agricole. L'extinction du prieuré et sa réunion à la cure de St. Pierre de Châteloy date d'octobre 1748. Elle fut notifiée par une ordonnance de Louis XV, signée à Fontainebleau par " Louis, Roy de France et de Navarre en son règne le trente-quatrième : signé LOUIS " .
Vint le déclin avec la vente du Prieuré à titre de Bien National. C'est Jean Aury, dernier Prieur, nommé député du clergé aux Etats Généraux, qui a rédigé la déclaration des revenus de la cure de Hérisson et du Prieuré de Châteloy y réuni le 12 février 1790 pour satisfaire au décret de l'Assemblée Nationale.
Au chapitre 4 de cette déclaration, il précise que le revenu
comprenait également " une locaterie appelée le Prieuré
de Châteloy, consistante en: jardin, prés, vignes et terres, le
tout était affermé par mon prédécesseur cent vingt
livres et peut valoir par les améliorations que j'y ai faites deux cent
vingt livres " .
Les adjudications s'effectuèrent au chef-lieu du district. Pour Cérilly, elles s'échelonnent sur la période allant du 28 janvier 1791 au 28 brumaire de l'an IV.
A la date du 5 février, donc dans les tout premiers lots, nous trouvons la mention suivante: " Les bâtiments du prieuré de Chatelois, avec jardin et vignes sont adjugés pour 10.100 livres à Jean Aury ". C'est donc le curé de Hérisson qui s'est porté acquéreur.
De fréquents changements de propriétaire étant intervenus, il n'a pas été possible d'en dresser la liste complète depuis la Révolution.
Le Prieuré de Châteloy - aspect en 1935
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Devenue ferme mal entretenue, le Prieuré s'est dégradé
rapidement. En 1903, Juste Fennebresque remarque l'entrée en ruines de la
cour où se trouvait le Prieuré et en 1920, Camille Grégoire
donne cette description: " A gauche, un sentier conduit à l'église,
en passant entre les murs du cimetière et la cour d'une ferme. A l'entrée
de ce chemin, le bâtiment qui a conservé sa croisée et sa
porte du XVème siècle est l'ancien logis du Prieur " .
Le Prieuré de Châteloy - aspect en 1955 - lors de l'achat
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Après la disparition du Prieuré primitif et sans doute au
cours des grandes campagnes d'agrandissement et d'embellissement de l'église,
une nouvelle construction s'est élevée au 16ème siècle.
Le corps principal de cette bâtisse, quoique en fort mauvais état,
est parvenu jusqu'à nos jours. Lors de l'acquisition en 1955, nous y
avons inventorié comme témoin du passé: une cheminée
gothique avec un blason mutilé (celui des seigneurs du château de
la Roche-Othon), les restes d'une fenêtre à meneau, deux cellules
de moines placées à l'extrémité ouest de la maison,
la petite porte avec son linteau taillé livrant un passage direct à
l'église, les fondations d'une tour ronde gardant l'entrée, une
imposante cave creusée dans le rocher et les vestiges d'un ensemble de
hauts murs de protection, jalonné de tours. L'unité de matériau
entre église et Prieuré était frappante: même
appareillage et même pierre de provenance locale .
Le Prieuré de Châteloy - aspect en 1995
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Il fallait une âme de poète et une bonne dose d'inconscience pour entreprendre le sauvetage de cette "ruine avec vue".
La reconstruction du Prieuré, financée par nos propres moyens et sans aucune aide extérieure, a été menée par étapes successives, énumérées dans la chronique jointe, entre 1956 et 1996. Quarante ans de patients travaux étaient nécessaires pour redonner lustre et dignité à cet édifice, trouvé dans un état si lamentable que personne n'en voulait. Pendant un an il était proposé à la vente, sans qu'un acheteur se présentât.
La proximité de l'église, classée M.H., et le souci de
valoriser son environnement nous ont fait choisir de préférence
des matériaux et des arrangements s'harmonisant avec l'ensemble, dans le
but de recréer l'ancienne unité architecturale.
La cour
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La grille haute
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La grille basse (vue sur la terrasse)
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Perspective vers l'entrée
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Si autrefois un lien essentiellement spirituel unissait le Prieuré et Eglise, une relation nouvelle a été créée en 1967 par la fondation d'un Festival de Musique qui a fait suite aux fêtes enfantines que j'avais organisées au Prieuré. Elles eurent un tel succès qu'e1les rassemblèrent 80 personnes en 1966. Devant l'impossibilité d'agrandir la salle, j'avais émis l'idée de transformer ces spectacles privés en concerts donnés dans l'église au profit de sa restauration.
Pendant de longues années, centre de l'organisation et lieu d'accueil
des musiciens, le Prieuré a fortement contribué à la réussite
et au cachet particulier des concerts, notamment en offrant aux auditeurs l'accès à
la terrasse privée .
L'Eglise - Carte Postale de 1925
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Par le biais du Festival de Musique, l'opération de rénovation s'est étendue à l'église. Parfaitement restaurée, depuis 1992, elle était "Monument en péril" à notre arrivée en 1955.
Le succès financier des concerts a permis de prendre en charge la
part des frais incombant au propriétaire d'un Monument Historique, en
l'occurrence la commune de Hérisson, le reste étant couvert par
des subventions de l'Etat et du Département de l'A1lier. Le coût
g1obal des travaux exécutés entre 1962 et 1992 s'élève
à 1.500.800F, dont le Festival a fourni 470.000F.
Aspect en 1996 - L'Eglise rénovée
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La qualité et le rayonnement du Festival ont valu à Châteloy le label de "Haut-lieu musical d'Europe". Les collaborateurs du Guide Pfeffer avaient pris le parti de présenter cent salles et cent festivals, répartis dans 25 pays, situés en Europe. Pour la France, 37 lieux furent sélectionnés et parmi eux: Châteloy.
Après le Concert (1989)
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Madame CACHEUX et Ivry GITLIS
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Patrice FONTANAROSA, Marielle NORDMANN et leurs enfants.
Repos dans le jardin du Prieuré
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Marielle NORDMANN avec Madame CACHEUX
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Avec l'église romane, la maison du Prieur forme à nouveau un ensemble architectural homogène et unique en son genre, devenu le fleuron du patrimoine historique et artistique de la ville de Hérisson.
Les visiteurs qui affluent maintenant en nombre à Châteloy ne
manquent jamais de jeter un regard sur la maison du Prieur et son jardin, avant
de pénétrer dans 1'église, où du haut du choeur les
anges peints soufflent dans leurs trompettes avec une vigueur retrouvée,
comme pour annoncer l'heureuse histoire d'une double renaissance.
Après la messe de Saint-Hubert.
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Après la messe de Saint-Hubert: Madame Cacheux et un invité
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CHATELOY, le 20 avril 1995 Irmgard CACHEUX